DEJEUNER-DEBAT DU 7 mars 2001


L'INFLUENCE DES RELIGIONS ET DES CULTURES SUR LES MENTALITES

Par Hesna Caillau, Professeur à Paris X Nanterre

Avec quel dynamisme, avec quelle force de conviction, Madame Hesna Caillau nous fait pénétrer le monde asiatique et nous montre que les échanges avec ses habitants, de quelque que nature qu'ils soient, doivent tenir compte de leurs structures de comportements.

Religion, culture, civilisation

Ce n'est pas en théologienne, en historienne des civilisations orientales, mais en spécialiste de la communication qu'elle nous fait découvrir les habitus et les traditions orientales car c'est de l'intérieur qu'elle connaît bien ces peuples.
D'emblée, elle insiste sur la différence capitale entre :

- la religion (du latin religare relier) qui relie les hommes entre eux par l'intermédiaire d'un principe supérieur parfois appelé Dieu
- la culture qui est un système de valeurs qui permet de vivre ensemble. C'est un savoir être. Elle est propre à chaque groupe humain et ne saurait être universelle sans verser dans le totalitarisme. Par contre, les échanges entre cultures peuvent être particulièrement féconds.
- la civilisation qui est l'ensemble des techniques qui permettent d'améliorer les conditions de vie. C'est un savoir faire qui peut se mondialiser.

Temps linéaire, temps circulaire

Nos religions occidentales, monothéistes, placent l'homme entre Dieu et le reste de l'univers. Elles sont créationnistes avec un début, une vie, une eschatologie. La notion d'effort, d'effort pour le progrès est enseignée.
A l'opposé, dans les religions asiatiques (hindouisme, bouddhisme, confucianisme....), le monde est intemporel, le changement est perpétuel, la mort n'est pas une fin, la réincarnation, le samsara, est l'habitude. Le mouvement est l'essentiel. Toute vérité, tout état est relatif. L'homme n'est qu'une partie de l'univers, n'a pas de place privilégiée parmi les êtres vivants. Celle-ci est déterminée par son karma qui est la résultante des actes des vies passées " Change et ton karma changera ". Celui-ci déterminera la situation de l'homme dans la hiérarchie. Donc il n'y a pas de lutte de classe. L'individu ne compte pas, seule la société importe. Le moi est banni, seul le nous s'impose et impose le consensus. Les discussions sources de division sont bannies.


Pensée logique, pensée analogique

D'un côté culture de conciliation, de l'autre culture d'affrontement. Pour les orientaux il vaut mieux déstabiliser l'adversaire que l'abattre et lui faire perdre la face. L'écoute est plus importante que la parole L'objectif est " le maximum d'effet pour le minimum d'effort ".

En Occident les Grecs avec la philosophie fille de l'écriture alphabétique ont imposé le raisonnement logique. Les idéogrammes ne favorisent pas l'abstraction mais plutôt la réflexion analogique, l'observation. La sagesse est l'idéal : " Le philosophe a des idées, le sage n'a pas d'idée mais s'adapte aux interlocuteurs ".

Domination de la terre ou adaptation au monde ?

Les Romains avec le judaïsme nous ont apporté la notion de droit, d'histoire, de mémoire, de justice et donc de vengeance. Pour les Asiatiques, la voie (le Tao) est essentielle, la justice relative (il n'y a eu des avocats qu'à partir du développement des relations avec l'Occident).

Le Christianisme a développé la valeur humaine, la valeur de chaque individu. Ainsi sont apparus les droits de l'homme et comme chaque individu mérite d'être défendu, ont émergé les O.N.G.

Mais les Monothéistes détenteurs de la vérité, enfermés dans leurs certitudes, sont intolérants vis à vis des autres et ont été responsables d'au moins la moitié des guerres. Le fait de se croire investi d'une mission a rendu le monothéisme très actif. Son but est la domination du monde. La terre est à celui qui l'exploite : à l'opposé, chez les Asiatique l'accent est mis sur l'adaptation au monde.

La rationalité nous fait perdre notre capacité d'étonnement. Pour les Orientaux les oppositions sont toujours complémentaires. Rien n'est isolé, tout s'ajoute. Il y a deux principes essentiels : le yang principe masculin, le yin principe féminin. D'un côté le ciel, l'acte, la raison, la force, la fermeté, la compétition. De l'autre, la terre, la conciliation, l'intuition, la douceur, la souplesse, la flexibilité, la coopération.
Toutes les choses vont par deux et l'on peut être tantôt yin tantôt yang, tout dépend des circonstances.

En conclusion

La confrontation des cultures permet de découvrir la nature profonde de l'homme : aimer, apprendre, comprendre, progresser.

Notes de Maurice Samsoen