DEJEUNERS-DEBATS DU 2 MAI 2001

L'ISLAM EN FRANCE

Par Ali Merad, Professeur émérite

La présence de l'Islam en France demeure un thème de débat, notamment quant aux finalités mêmes de 1'"intégration ". S'y greffe le thème de l'insécurité, tantôt par référence aux violences des banlieues, tantôt par rapport aux drames extérieurs (Algérie, Afghanistan, etc..) dont certains redouteraient de possibles répercussions en France.
Selon Ali Mérad, agiter l'épouvantail des malheurs qui affligent certains peuples musulmans, c'est faire offense aux musulmans de France, qui forment une communauté exemplairement pacifique. Cette communauté laborieuse et silencieuse, ignorée des grands appareils de médiatisation audiovisuelle, commence à peine à émerger d'une longue période d'effacement sur la scène publique ; son paysage associatif prend forme; depuis quelques années, le gouvernement se penche sur l'organisation officielle de l'Islam en France, via l'institution d'une structure représentative. Mais les termes d'intégriste, d'islam politique ou d'islamisme servent trop souvent à diaboliser injustement le monde musulman
.

Contexte historique

La référence à l'époque coloniale est fondamentale et incontournable, et ce fait historique éclaire certaines réalités du présent. Or aujourd'hui la présence des musulmans en France est pacifique, elle n'a pas résulté d'une invasion au sens historique du terme.

Réalités sociales et sociologiques

La communauté islamique en France est placée sous le signe de la précarité; cette population, contrairement aux Arméniens par exemple, ne s'est pas insérée harmonieusement dans le tissu de la collectivité nationale. En outre, la précarité s'accompagne du grief de la non-intégration. L'orateur insiste alors sur la distinction, fondamentale à ses yeux, entre intégration et assimilation. . La demande d'assimilation de la part de la France est perçue comme agressive et entraîne de profondes réticences de la part de la communauté musulmane; elle renvoie à ses yeux à l'imaginaire collectif qui réveille les souvenirs douloureux de la colonisation. Celle-ci visait à amener les musulmans à choisir la porte étroite de l'assimilation pour accéder à la plénitude des droits attachés à la citoyenneté. Une telle démarche était alors perçue par ces derniers comme une sorte d'apostasie. Donc, autant les musulmans sont partisans de l'intégration pleine et entière, avec tous ses droits et les devoirs issus de ces droits, autant ils se montrent réticents à l'idée de l'assimilation. C'est là que se situe le point de rupture qui, dans une certaine mesure, explique la difficulté d'être des jeunes musulmans et leur refus du milieu environnant, voire leur révolte.

Dimension prospective

Le fait d'être en France est une chance pour les jeunes qui peuvent vivre l'Islam loin des contraintes étouffantes qu'ils pourraient rencontrer dans leur pays natal. Mais pour la France cette présence est un défi ; sur le plan démographique, cette communauté représente 10% de la population. Elle est souvent perçue comme allogène, rétive et même rebelle. Or, on peut considérer cette présence comme une chance pour la France qui a des intérêts vitaux dans le monde arabe.

Conclusion

Il serait souhaitable que l'opinion publique soit plus sensible au discours de ceux qui représentent 'la communauté musulmane en France. Cette communauté est l'objet de nombre d'études de sociologues français et des médias, dans un esprit de dénigrement quasi systématique. Cette parole est appréhendée comme un retour au discours suranné de l'époque coloniale. Il est impératif que les Maghrébins présentent leur propre vision du monde et leur appréhension de leur communauté d'accueil (comme ce fut le cas récemment dans les pays anglophones) ; une telle approche serait plus authentique et légitime. Le conférencier conclut par un appel à une exigence de vérité de la part de la collectivité nationale, dans un esprit évangélique et éthique.
Il appelle de ses voeux " un authentique regard fraternel vers ces concitoyens musulmans, ces voisins ou simples passants qui, au-delà des différences de religion, de " facies ", de mémoire historique et culturelle, se trouvent être appelés à partager le même destin, unis - ici et maintenant dans une même condition humaine ".

Questions

Les auditeurs s'interrogent essentiellement sur l'ambigui"té des définitions proposées par le conférencier aux termes d'intégration et d'assimilation, et sur la problématique posée aux musulmans par la conciliation malaisée, voire l'incompatibilité, entre l'allégeance à l'état lalc français et l'obéissance aux lois coraniques.

Introduction d'Ali Merad et notes de Madeleine Therrien