CONFERENCE DU 20 mars 2001


ATOUTS DE LA FRANCE DANS LA COMPETITION INTERNATIONALE


Par Denise FLOUZAT-OSMONT D'AMILLY Administrateur déléguée de la Fondation de la Banque de France pour la recherche

En 1993 les USA sortent de la crise. A partir de 1996 les nouvelles technologies prolongent leurs années de croissance (à 4/5 % par an). Le chômage tombe à 4 %.
Au milieu de l'année 2000,. la crise asiatique est oubliée et le Japon lui-même paraît se redresser. C'est "l'été indien ", la mort des cycles et...la fin de l'histoire. Puis, les prix du pétrole s'envolent. C'est l'annonce du retournement de 2001 et la " victoire " de Schumpeter : attention ! le cycle revient et...s'infléchit.

Avec la volatilité des bourses et des monnaies, la globalisation des produits et des marchés, l'accélération des retournements de conjonctures, les acteurs publics et privés devront anticiper et s'adapter, c'est-à-dire connaître les marchés et garder leurs nerfs. A côté de cette donnée de base comment s'opérera " l'atterrissage " américain ?

Les USA, le Japon et l'Europe

Le Japon connaît une crise durable et n'a plus d'armes économiques (taux d'intérêt 0 et lourd déficit budgétaire), alors que les USA en ont trois :

- le jeu des taux d'intérêt et la marge que leur laisse leur 5,5 % de taux de refinancement.
- un gigantesque excédent budgétaire : 281 milliards de dollars en 2000
- un dollar fort

Mais le déficit de la balance des paiements, en croissance de 100 milliards de dollars par an (plus de 450 milliards en 2000) peut devenir explosif.
Japon et USA ont deux images inversées à trois points de vue :
- l'épargne individuelle ; le solde budgétaire ; l'état des dettes et créances extérieures.
Quant à l'Europe de l'Euro dont la situation économique actuelle n'est pas mauvaise rappelons que la " gouvernance monétaire " y est moins facile qu'aux Etats-Unis : 18 participants à laTable de la BCE contre 8 aux USA !

La France : Son redressement est spectaculaire

- les entreprises sont performantes. Les banques sont solides,
- les excédents commerciaux très réduits en 2000, à cause notamment de la facture pétrolière, font oublier les déficits de jadis,
- le chômage est tombé de 12,7 % en 1997 à 9 % début 2001 et près de 500 000 emplois ont été créés en 2000,
- le déficit public avait atteint 6,4 % du PIB en
1993 : il est actuellement de 1,4%, l'inflation à 1,4% par an devrait passer à 1,2 % : un record européen,
- la France est un des grands investisseurs mondiaux à l'étranger et la croissance est l'une des meilleures d'Europe même si elle est ramenée à 2,5 % en 2001.

Mais son problème, c'est l'Etat

La maîtrise des finances publiques est inachevée. La réduction du déficit budgétaire se ralentit et l'équilibre n'est prévu qu'en 2004 si la croissance se maintient à 3,3% par an.
La dépense publique est trop lourde : 53,2 % du PIB contre 43 % en moyenne dans la zone euro 40% dans les pays du G7. Pour l'alléger, il faudrait ne pas remplacer un sur quatre des agents publics partant à la retraite.

... et trois ratios inquiétants

- le taux de croissance potentielle, c'est-à-dire celui qu'on peut espérer générer sans inflation, il est de 2,25 % en France contre 4/4,5 % aux USA. La croissance à 3 % était effet de rattrapage
- le taux de chômage structurel (celui qu'on ne peut réduire sans inflation) est de 8 % (cf. rapport Pisani)
- le taux d'activité (rapport entre population employée et population d'âge actif) est de 68% en France contre 78 % aux Usa.

En outre, les Français hésitent à placer leurs économies dans les entreprises...
Au total une croissance " bridée " que confirme l'augmentation en 2000 du taux de pénétration (rapport entre importations et PIB)

Recommandation pour conclure

du bon usage des marchés
Les épargnants y ont pris le pouvoir jouant un rôle capital dans la gouvernance des entreprises ; mais le capitalisme est malléable et s'accommode de contre pouvoirs indispensables qui sont notamment les autorités monétaires.
du bon respect de l'Etat
L'Etat doit trouver sa juste place. Il y a une concurrence entre pays et les services publics ne peuvent être payés davantage chez l'un d'entre eux que s'ils sont évidemment plus performants.
du bon avenir de l'Europe
Il y a une spécificité de l'Europe qui ne peut ignorer le modèle américain (ou japonais) sans pour autant le décalquer. Quelle société pour l'Europe ? pour quelle Europe, l'actuelle ou celle qui naîtra de l'élargissement (intégrant des pays dont le PIB par habitant est une faible fraction de celui de la Communauté d'aujourd'hui) ?

Vastes chantiers !

Notes de Gérard Descours