CONFERENCE DU 16 janvier 2001


UN RESCAPE DES CAMPS A LA RENCONTRE DE L'EUROPE

Réunion du 16 janvier 2001 avec le Général Pierre Saint MacaryPrésident du Club Réalités Internationales (Portrait paru dans le précédent numéro de Regards sans frontières)


Horreurs des camps nazis , épreuves physiques et morales subies à Mauthausen, libération des " Untermenschen " (" sous-hommes "), Pierre Saint Macary les a fait revivre avec l'émotion toute en sobriété et la rage contenue du témoin survivant.

Il exposa ensuite avec passion son analyse des événements du 20è siècle : deux guerres mondiales (d'origine européenne) particulièrement meurtrières, les erreurs considérables commises pendant l'entre-deux guerres, cette très longue après guerre avec ses trente glorieuses et le démarrage de la construction européenne.

La leçon des camps

Notre victoire essentielle : avoir refusé la logique du crime absolu des nazis qui consistait à nier à d'autres hommes leur qualité d'homme : aucune compromission n'était, n'est, ne sera jamais possible avec le totalitarisme.

Les hommes de l'Europe devenus esclaves des nazis (y compris certains Allemands), qui ont vécu travaillé et souffert ensemble dans les camps se sont découverts solidaires.

La polarisation de toutes ces horreurs sur le "seul nazisme" peut paraître "réductrice", elle est pourtant nécessaire si l'on veut rompre le cycle infernal des revanches et des représailles, en d'autres termes : "mieux vaut fixer l'horreur sur les nazis plutôt que de condamner un peuple". Le monument français à Mauthausen porte l'inscription "aux Français morts pour la liberté". Cette liberté est aussi celle des Allemands délivrés du nazisme.

La leçon des deux guerres et la suite des événements

Nous n'avons pas à être fiers de la première moitié du 20 e siècle : la guerre de 14 (pourtant gagnée par les alliés) a été une vraie catastrophe, et la paix d'entre les deux guerres a été une vraie faillite.

Dès la fin de la deuxième guerre les choses ont très vite changé : la fin des empires coloniaux, plus ou moins voulue d'ailleurs par les anciennes puissances, l'Europe petite péninsule au flanc de l'Asie, la France chétif promontoire à l'extrémité de cette Europe.

Fort heureusement l'on peut et l'on doit se réjouir de :

. la fin (définitive?) du nazisme (et des totalitarismes?)
. l'existence d'une organisation mondiale même si elle est encore bien imparfaite.
. l'équilibre des empires pendant la 2e moitié du 20e siècle même si c'est le fait de la bombe atomique.

Or en dépit de l'horreur des crimes nazis, un grand nombre de ceux qui en ont souffert ont, après la fin de la guerre, pensé qu'il fallait se réconcilier avec le peuple allemand pour faire l'Europe.

L'Europe

Son émergence peut apparaître comme un miracle, elle est pourtant incontestable même inachevée :

. elle a son grand précurseur Jean Monnet, ses prophètes Paul Henri Spaak, Alcide de Gasperi Robert Schuman, Konrad Adenauer.
. elle prend corps autour de l'axe franco-allemand grâce à l'amitié de Gaulle - Adenauer.
. elle s'organise par des traités successifs avec un exécutif, un législatif.
. elle vit puisque l'on vote, on élit, on légifère, on réglemente, on élabore de grands projets.
. elle va enfin disposer de son pétrole, de son gaz, de ses avions, de ses fusées et de sa monnaie

Si nous prenions conscience de nos atouts (le potentiel humain, la culture, …) si nous décidions de les mettre en valeur et de les utiliser, nous pourrions faire plus et plus vite dans les domaines les plus divers : les transports, la circulation des biens et des personnes, l'espace judiciaire, l'éducation.

Questions réponses


Le peuple allemand : n'a-t-il pas quand même sa part de responsabilité ?la responsabilité du traité de Versailles? Hitler élu démocratiquement ?
PSM : certes, mais notre victoire, c'est le respect de l'autre (point sur lequel nous ne céderons jamais) donc : respectons le peuple allemand.


L'autre moitié de l'Europe (Centrale et Orientale) : ces pays n'ont-ils pas été abandonnés trop longtemps à un autre totalitarisme et encore bien peu associés à la reconstruction ?
PSM : c'est vrai mais les Soviétiques (comme les Anglais et les Américains) ont contribué à l'objectif suprême : vaincre les nazis. Il est encore temps de " vendre " notre démocratie (même imparfaite) à ces pays.


La démocratie : est-elle, elle-même, un état stable?, n'est elle pas biodégradable?, ne prêchons nous pas imprudemment des droits (quelquefois nouveaux) sans les assortir de devoirs ?
PSM : En Europe, on doit pouvoir fonder la démocratie sur un corps de doctrine, sur un contrat entre les États-Nation (l'État-Nation fait partie de la culture européenne et il n'est pas question de l'abolir). Je suis pour l'Europe des contrats.

Notes de Jacques Bourdillon