CONFERENCE DU 19 juin 2001

Cycle "Éthique et Entreprise"

 

Rentabilité et éthique (Par Jacky Prudhomme de l' Arese : Agence de rating social et environnemental sur les entreprises

L'approche éthique des activités des entreprises trouve ses racines aux USA vers 1920, période où des congrégations religieuses ont mis au point, pour leurs fidèles, des critères stricts d'investissements excluant les " in stocks " notamment dans l'alcool et le jeu... Au cours des années 60 à 70, ce principe a été repris par des mouvements associatifs recommandant d'éviter tout investissement dans des domaines tels que l'armement et le nucléaire, par exemple

Plus récemment et notamment en Grande Bretagne, la tendance a évolué vers des critères positifs en faveur d'investissements socialement acceptables: défense des droits de l'homme, santé publique, qualité des produits, gestion des ressources humaines, développement durable etc.. Des agences de notation ont été créées pour évaluer les performances des entreprises en ces domaines tandis que les notions de " shareholder activism " et de " corporate governance " étaient développées.

L'ARESE a été fondée en 1995 à l'initiative de la Caisse des Dépôts et de la Caisse d'Epargne. Elle a pour objet de mettre au point des critères positifs d'évaluation des investissements en matières sociale et environnementale. Ils concernent le management, la durabilité des performances pour l'actionnaire. C'est une rupture avec l'approche par exclusion et ses dérives coercitives. Elle privilégie la notion de développement durable c'est-à-dire le triptyque " Environnement, Economie, Social ".

La grille d'analyse permet d'établir l'équivalent d'un " rating " sur les points suivants: maîtrise de l'impact environnemental au sens large, corporate governance, relation client-fournisseur au sens de la qualité, implication dans la société civile y compris le mécénat.

La capacité de leadership, la stratégie, la cohérence entre les objectifs et les moyens déployés, sont des indicateurs étudiés en lia~son aussi étroite que possible avec les entreprises concernées. Les informations fournies sont recoupées avec les données fournies par les associations locales qui sont toujours attentives aux réalités du terrain.

Aujourd'hui, le gouvernement Français et plusieurs pays de l'Union Européenne se concertent pour établir des critères qui auraient un caractère officiel et qui serait évidemment aussi objectifs que possible. La démarche de l'Arese prend en compte les éventuelles crises de l'entreprise en cause et en tout état de cause s'efforce de comprendre sa stratégie. Au besoin elle chercher à obtenir des informations complémentaires par le canal d'associations concernées.

L'Arese classe les entreprises en cinq catégories: les pionnières, les leaders, les moyennes, celles qui sont en devenir (c'est-à-dire en retard sur les tendances), et celles qui sont peu concernées par les critères de développement durable (c'est-à-dire présentant un retard sérieux).

Sur 35 fonds éthiques dans le monde, 27 utilisent les informations de l'Arese. Il est à souligner que la sur-performance des entreprises respectant les critères du développement durable en termes de rentabilité financière est de 4 à 11 %.

La communauté financière confère donc une importance de plus en plus grande au rating éthique, c'est le cas notamment des groupes d'assurance.

L'Arese note plus de mille sociétés qui reçoivent leur fiche d'évaluation sur demande. Seuls 2% de d'entre elles restent indifférentes.

Le rating permet de mettre en avant des pratiques de progrès en matière de Relations Humaines, d'environnement, de maîtrise des enjeux techniques. Difficile à modéliser, il repose sur des comparaisons inter-entreprises.


Petit-déjeuner du19 juin 2001 Notes de Françoise Colas (EDF)