CONFERENCE DU 15 mai 2001

Cycle "Ethique et Entreprise"

 

Le 15 mai 2001 s'est tenu dans les locaux de notre association, 11 rue Nicolo, le premier "petit déjeuner" de ce cycle avec le conférencier : le frére Samuel ROUVILLOIS auteur du livre "Le travail à visage humain" et expert au forum de Davos.

La perte des points de repère en matière d'éthique fut l'objet d'une brillante présentation constituant le point de départ pour ce cyle lancé à destination des entrerpises.

LA PERTE DES POINTS DE REPERE EN MATIERE D'ETHIQUE

Le lien social reflétait voici quelque temps ne réalité de proximité aujourd'hui en disparition : qui est mon " prochain " dans la ouvelle économie ? La tradition occidentale 'institutions fortes disparaît, celles-ci sont !présentées désormais comme des contraintes, qui ne portent plus de projet, plus identité. Les règles suivent le même chemin, l'on voit même certains tabous structurants, comme le " vol dans l'entreprise ", se relativiser : puisque tout s'achète, qui peut se prononcer réellement sur " quoi est à qui " ?

 

De la société rurale à la société urbaine

Trois facteurs caractérisent les évolutions des sociétés occidentales ou en voie d'occidentalisation par l'économie, les média, les sciences, la culture universitaire :

- l'accélération exerce une pression sur les hommes par ses contraintes permanentes en termes d'augmentation de la productivité, de qualité, de pertinence stratégique des produits, et rapidité de réaction et de décision.
- la complexification, illustrée par le passage d'une logique agricole et industrielle à une logique financière et commerciale.
- la fragilisation du lien social mal compensée par l'actuel transfert objectivant vers les rapports juridiques où la loi prend la place de la confiance.

Les générations des années 80 constatent que les valeurs ne sont plus normatives, elles sont même a-fonctionnelles dans un monde essentiellement pragmatique, qui s'auto-justifie par l'apparente efficacité de son fonctionnement et de croissance, sans prêter attention à la perte du contenu qui en résulte. En informatique par exemple , il ne s'agit de savoir " pourquoi ça marche " mais " comment bidouiller pour que ça marche ".

Ces jeunes sont les représentants d'un phénomène historique unique: le passage de la société rurale à la société urbaine. Leur référentiel existentiel, culturel, expérimental, c'est la ville.

Crises d'identité

La nouvelle économie, par le capitalisme, est un j système collectiviste et matérialiste. Marx en ait! La dimension centrale de la société est tenue le travail, et les interactions surmultipliées re les individus créent un conditionnement social fort. Les entreprises modernes sont des Sovkhozes idéaux.

Cette crise intellectuelle est celle d'élites sans idéologie et désenchantées. Elle incite à prendre du recul, et à réviser sa façon de voir selon deux approches: socratique (connais-toi toi même) et abrahamique (où vas-tu ?).

Nouvelles réalités

Les jeunes n'écoutent pas les discours idéologiques ni les théories, par contre ils portent une grande attention aux apprentissages concrets de l'humanité, par l'interrogation, le vécu des situations. Ainsi s'agira-t-il de vivre avec ses enfants d'abord, au lieu de songer en priorité à leur transmettre des valeurs. Il s'agit d'un retour au compagnonnage, au partage de l'expérience qui peut mener ensuite à la formulation de règles et de théories, et non l'inverse.

Ceci nécessite de parler vrai, c'est à dire de trouver assez de maturité communautaire pour parler autrement qu'avec des discours tout faits, qui isolent de la réalité.

La réalité, elle, se retrouve par le travail manuel (il faut le proposer aux jeunes comme une partie prenante de leur éducation), le travail virtuel (aujourd'hui, comme hier, à l'école le fait de gérer les informations, les images...) et le travail intellectuel (c'est à dire analytique, le plus rare et le plus précieux).

Réapprendre à penser

Gérer est un mot à la mode, mais gérer n'est pas réfléchir. Aujourd'hui, 30 à 40% des jeunes ne savent pas mener à bien des opérations d'analyses intellectuelles simples. La priorité est donc de développer le lien entre l'expérience, la collecte d'informations, et leur interprétation, leur analyse. C'est à partir de cet enchaînement simple que l'on peut refonder la capacité de penser dans une société où l'économie et les média poussent les personnes à des croyances aveugles.

Le véritable outil de résistance, c'est la culture, l'intelligence, la capacité à renouveler son regard, à aimer le réel, et à inventer. C'est ce qui refonde la responsabilisation des hommes, avec les épreuves. Certes les indicateurs démontrent le développement de la richesse et de la perception du bonheur; le succès matériel de l'économie mondiale capitaliste et pragmatique est sous nos yeux. La crise vécue aujourd'hui dans ce monde est, au sens du terme grec, le moment du discernement avec la nécessité de développer ses capacités de choix.

 

La prochaine réunion se tiendra le 19 juin au siége de la RATP, l'une des entreprises qui parrainent aRRi.