CLUB "REALITES INTERNATIONALES" DU 2 JUILLET

 

"La Tunisie" par Slah Eddine BENSAID, Président de Scet Tunisie, correspondant d'aRRi à Tunis et .Jacques LANXADE, ancien ambassadeur en Tunisie

Comment va la Tunisie ? C'est à cette question que le président Bensaid s'est proposé de répondre en abordant sans détours les aspects politique, économique et social du pays en donnant tout de suite le ton: la Tunisie va bien... elle est première de sa classe: c'est sans doute le pays le plus prospère d'Afrique. Plutôt que d'un pays en voie de développement, il faudrait parler de pays émergent.

La Tunisie est structurellement stable sur le plan social: la croissance de la population est maîtrisée (+1,12% par an), la scolarisation est totale, le français est enseigné dès l'école primaire, l'espérance de vie est de 72 ans, la classe moyenne représente 80% de la population et la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est seulement de 4,5%. La femme a les mêmes droits que l'homme depuis longtemps: la fonction publique comprend 38% de femmes et ce pourcentage augmente même de façon importante au niveau de la représentation politique nationale (16% de députés).

Sur le plan économique, la croissance se maintient à 5% par an avec une inflation de moins de 3% en 2000. Le PIB par habitant et de 2 200 euros. La Tunisie a une main d'oeuvre de qualité et bon marché; Tunis est une des villes les moins chères du monde. L'économie libérale de la Tunisie est certainement la plus compétitive du continent Africain. La Tunisie dispose d'infrastructures fiables (transports, téléphone, énergie). Depuis 1995, elle a signé un accord de libre-échange avec l'Europe ce qui lui a permis de doubler ses exportations avec elle. La France est son premier partenaire (27%). Le défi de la Tunisie est de réduire son taux de chômage qui reste élevé (15%) et qui constitue le principal problème social du pays.

L'Amiral Lanxade acquiesce à l'ensemble de cette présentation mais aborde les problèmes politiques et notamment la mauvaise image de la Tunisie dans les médias français.

Selon l'Amiral, La Tunisie a deux défis à relever :

Le fait est que les relations franco-tunisienne mériteraient d'être sensiblement améliorées.

La Tunisie occupe le 63ème rang (sur 155) d'un classement mondial récemment publié par la Banque Mondiale; son économie libérale est ouverte sur le monde.

Mais très récemment encore Noël Copin nous disait qu'à son avis les journalistes étaient plutôt indulgents à l'égard de la Tunisie! Pour lui, les journalistes ont besoin d'une liberté totale dans le choix de leurs informateurs et de la conduite de leurs reportages...

Pour Jacques Lanxade il y a une telle proximité entre les deux pays que la presse française rapporte et commente les événements et les incidents de la vie démocratique en Tunisie avec les repères et les références qui nous sont propres comme si France et Tunisie avaient la même histoire politique. Cette confusion rend parfois les tunisiens maladroits dans leurs relations avec les médias français.

Pour Claude Cheysson qui fut directeur du Cabinet de Pierre Mendès France en 1954-55 la gauche française a du mal à comprendre, et ce depuis longtemps, la réalité tunisienne dans la mesure où elle ne prend pas en compte la spécificité des Tunisiens, héritiers de civilisations très multiples; les dirigeants de ce pays ne se posent aucun problème d'identité. La gauche ne reconnaît pas suffisamment les progrès effectués par ce pays en matière économique et sociale. Dans ces conditions les critiques qu'elle formule sont le plus souvent sources de polémique.

Si bien que notre président Jean-Michel Fauve intervenant en conclusion du débat note que si la Tunisie agace la France c'est aussi parce qu'elle n'a aucun complexe et que ses positions sur la scène internationale ne lui sont dictées par personne... comme la France en agace peut-être d'autres avec son indépendance... d'esprit !

Déjeuner-débat du club du 2 juillet 2001 Notes de François TREILHOU et de Jacques Bourdillon