Club "Réalités internationales" du 3 mai 2001


LE FORUM DE BUDAPEST

Par Jean-Yves Alquier, Administrateur d'Arthur Hunt, Administrateur du Club de Budapest

Le Forum de Budapest a été crée en 1993, à l'initiative de la Hongrie. Le siège et le secrétariat en sont à Budapest, où réside Jean Yves Alquier. A l'image du Forum de Davos, il réunit périodiquement des délégués des institutions politiques, économiques et sociales des pays affiliés, les douze pays de l'Europe de l'est libérés de la tutelle soviétique et candidats à l'entrée dans la Communauté Européenne. Alors que le Forum de Davos se consacre à l'étude des problèmes soulevés par la mondialisation, et que le Forum de PortoAlegre, récemment surgi sur la scène mondiale, se présente comme une sorte de contre-Forum des pays les moins avancés engagés dans une lutte d'anti-mondialisation, le Forum de Budapest se préoccupe des intérêts des douze pays candidats à la Communauté, de leur évolution vers la démocratie et le sociolibéralisme, préalable nécessaire à leur admission.

La chute du mur de Berlin a brusquement placé ces pays devant la nécessité d'inventer de nouvelles structures politiques, économiques et sociales, ainsi que des solutions à la multitude des problèmes posés par le rapprochement de leurs économies respectives avec celles des économies de l'Europe industrielle de l'ouest. Cette adaptation leur est d'autant plus difficile qu'est loin d'être éradiqué l'attachement d'une large fraction de leurs populations à l'idéologie communiste et au comportement passif que le communisme leur procurait. L'entrée dans la Communauté Européenne n'en est pas moins la grande affaire et le seul moyen de redonner à leurs populations un niveau de vie convenable.

Les douze pays candidats à la Communauté se répartissent en deux groupes de chacun six pays, en fonction :

- de l'état d'avancement de leurs négociations avec les organismes de Bruxelles qui sont plus ou moins largement entamées pour ce qui concerne les suivants, classés dans l'ordre décroissant d'avancement: Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Estonie, Malte ;
- ou de leur position de simples candidats non encore entrés dans de véritables négociations techniques, en raison du plus ou moins grand retard dans l'évolution vers le libéralisme social qui se constate chez les suivants: Slovénie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Bulgarie, ainsi que Chypre placée dans une position ambiguë, par la partition de l'Île entre les communautés Grecque et Turque. On observera que l'orateur n'a pas fait mention de la candidature particulièrement délicate de la Turquie, dont la vocation européenne est moins évidente que celle des douze pays qui constituent l'Europe centrale proprement dite.

De nombreuses difficultés techniques pèsent inégalement chez les uns ou les autres.

Les niveaux de vie y sont partout très inférieurs à ceux des pays de l'Europe des quinze, et les faiblesses de leurs économies impliqueront pendant plus ou moins longtemps que la Communauté leur apporte des concours financiers importants sous la forme non seulement d'investissements industriels et commerciaux, mais surtout de prêts. S'y ajoute le différentiel considérable des coûts sociaux entre eux el l'Europe industrielle qui est de nature à perturber, si les précautions appropriées ne sont pas prises dans les conventions individuelles d'association, le fonctionnement des échanges commerciaux comme les déplacements des populations L'entrée dans la Communauté pourrait d'autre pan favoriser chez eux le développement d'économies duales. La Communauté se doit donc de les
intégrer sans mettre en péril leur fragile équilibre tant social que financier. Il importe, à l'inverse, que la survenue de ces pays à dominante agricole ne perturbe pas le fonctionnement déjà difficile dl marché commun agricole.

Le retour à la liberté politique ...

.semble avoir permis, dans l'ensemble des pays de l'Europe centrale, l'émergence d'un personnel dirigeant de réelle valeur et de cadres compétents. En particulier, la qualité de leurs informaticiens est très généralement reconnue: c'est encourageant.

 

Pour conclure, le conférencier évoque les difficultés que posent aux négociateurs des deux bords les problèmes posés par l'entrée dans la Communauté de pays dont les structures économiques sont encore loin de satisfaire aux exigences qui leur sont présentées, et dont le niveau de vie a, depuis le retour à la liberté, eu tendance à diminuer plutôt qu'à s'améliorer,

Il n'apparaît pourtant pas que le Forum de Budapest se préoccupe des effets politiques économiques et sociaux que l'intégration de ses participants aura sur la cohésion non seulement économique, mais aussi sociale et surtout politique de l'actuelle Communauté. C'est le Président Jean-Michel Fauve qui les résume dans une formule lapidaire en observant que l'élargissement de Ia Communauté à l'Europe de l'est est à la fois sa plus grande chance et son plus grand risque.