DEJEUNER-DEBAT du 18 janvier 2000


JEAN-PAUL II, UN PAPE AU CŒUR DE L'HISTOIRE

Conférence de Jean- Bernard Raimond, ancien ministre des affaires étrangères,
déjeuner- débat du Club Réalités internationales

Jean- Bernard Raimond est l'auteur d'un livre : Jean-Paul II, Un Pape au cœur de l'Histoire, publié en 1999. Il se propose de nous exposer sa réflexion sur le rôle historique du pape. D'emblée il précise qu'il le présentera dans son action politique, excluant délibérément les problèmes ressortissant à la bioéthique.
Le conférencier reconnaît toutefois que la frontière entre politique et éthique est floue et qu'inévitablement une prise de position politique comporte des aspects idéologiques ; inversement, les voyages " pastoraux " dérivent vers le politique.

La pensée politique du pape

Cette pensée s'est exprimée dans trois grands discours prononcés dans des instances non religieuses. Le premier date de 1980 : l'exposé, d'une portée considérable, fut présenté à l'Unesco ; le deuxième en 1988 au Parlement européen et le troisième en 1995 aux Nations-Unies. Il ressort de ces trois discours une idée -phare : celle de la liberté. Le pape présente une analyse très forte sur les nations, leur rapport à la liberté et à la culture. Il affirme avec vigueur son opposition au marxisme-léninisme.

Pape de la vérité : à plusieurs reprises, Jean-Paul II procède à des retours sur l'Histoire, à une relecture, voire à une révision des grands événements historiques. Il prône et la repentance et le pardon. La question Galilée doit être revue à la lumière de la pensée moderne, de même que les Croisades, l'Inquisition et l'attitude de l'Eglise envers les juifs : la responsabilité de l'Eglise catholique doit être reconnue.

Jean-Paul II est un fervent adepte de l'œcuménisme : il souhaite un rapprochement avec les orthodoxes. Prônant le dialogue inter-religieux, il encourage les contacts avec les religions non-chrétiennes. Lors de son voyage au Maroc en 1985 ? Il s'adresse à une foule de jeunes musulmans, événement sans précédent dans l'Histoire de la papauté ". Comme dans tous ses discours, il exhorte à l'ouverture à l'autre ; parallèlement, il prend systématiquement position contre l'intégrisme, toutes les formes d'intégrisme

Théâtre , poésie et philosophie

Dans la deuxième partie de son exposé, Jean- Bernard Raimond présente la vie du futur pape. Né en Pologne en 1920, Karol Wojtyla restera profondément attaché à sa patrie. Son grand-père était paysan, son père officier dans l'armée autrichienne. Le jeune Karol fait de brillantes études ; il manifeste un penchant pour le
théâtre et la poésie et suit nombre de cours de

philosophie. Ordonné prêtre en 1946 , brillant théologien,
il continue à se passionner pour la philosophie qui marque profondément sa pensée et son action future et sous-tendra son parcours politique.

Contre le marxisme et le système communiste

Dans la dernière partie de son exposé, le conférencier présente le bilan politique de Jean- Paul II, marqué par sa lutte constante contre le marxisme et le système communiste. En 1978, il accomplit un voyage en Pologne pour commémorer le martyre de saint Stanislas. Il réclame, en terre communiste, le droit à la liberté et à l'autodétermination. Plus tard, il défendra Solidarité et recevra Lech Walesa. Son influence sur l'évolution de la situation politique et sociale en Pologne est considérable. En 1983 , il est reçu par Jaruzelski !

En Amérique du sud, il affronte les tenants de la Théologie de la libération, fortement politisés. Son attitude franchement hostile au départ évolue vers plus de compréhension. Mais il reste toujours fermement opposé à la politisation du mouvement qui s'appuie sur les outils d'analyse de la doctrine marxiste ; ne jamais confondre religion et politique. En 1996 , le pape pourra affirmer : " La théologie de la libération est morte avec le marxisme ".

Des aspects négatifs

Pour conclure, Jean-Bernard Raimond mentionne quelques événements historiques au sujet desquels il considère que le bilan de Jean-Paul II a été négatif : Il s'est opposé à la guerre du Golfe mais il a perdu son pari.

Le pape s'intéresse beaucoup au Liban et s'inquiète des menaces que font peser sur la communauté chrétienne l'occupation israélienne et syrienne. Mais son voyage prévu à plusieurs reprises devra être retardé jusqu'en 1997.

Chine : le pape lui adresse plusieurs appels, mais les relations restent relativement immobiles.

L'orateur a répondu à diverses questions sur la démographie, la crise yougoslave et les conséquences de diverses interventions du pape. Jean-Paul II, par exemple, n'en fait-il pas un peu trop, au point de susciter des réactions anti chrétiennes, comme en Inde à l'occasion de son voyage dans ce pays, ou de provoquer une exceptionnelle mobilisation orthodoxe, comme à Bethléem le 7 janvier 2000 ? Non ! estime l'orateur. Jean-Paul II est le pape qui, après Paul VI, est allé le plus loin dans un effort d'oecuménisme et de dialogue inter- religieux. Le sort des uniates punis par le régime soviétique avec l'appui des orthodoxes a fait problème. Ce sont Gorbatchev et Jean-Paul II qui leur ont rendu la liberté.

Citons la conclusion du livre de Jean-Bernard Raimond : " Par la repentance et la révision de l'Histoire, (Jean-Paul II ) aura rendu sa puissance au catholicisme, sa grandeur à l'œcuménisme et su affronter, à travers un dialogue incessant, les défis de l'islam, de l'intégrisme, du nationalisme, lui, l'apôtre de la nation ! ".

Notes de Madeleine Therrien