DEJEUNER-DEBAT du 23 février 2000


LES CONTRADICTIONS DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE

Exposé de François Périgot, président du Medef international
Conférence- débat d'aRRi Rayonnement Français et du Cercle Antéis


L'euro est, pour François Périgot, président du Medef international, un symbole achevé de la construction européenne, symbole du transfert de la souveraineté, car aujourd'hui il voit mal qu'un pays parmi les Quinze pourrait faire cavalier seul.

On peut être surpris, au début, par la déclaration de François Périgot, dont l'expérience professionnelle laisse rêveur, estimant que la construction européenne doit finalement se concrétiser par l'établissement des rapports simples entre les citoyens. Mais c'est oublier que le conférencier est d'abord un homme pragmatique et qui a participé personnellement et de façon active à ce projet

Le choix des entreprises

En tous cas, il affirme que la grande majorité des entreprises françaises, allemandes, hollandaises… sont toujours pro-européennes et pro-euro. Il est tout à fait clair pour l'orateur que ces mêmes entreprises ont joué le rôle moteur pour faire avancer les politiques ou ceux qui avaient douté de la pertinence de la direction choisie. Même si les entreprises françaises étaient réticentes au début sur l'ouverture du marché, sur la transparence des coûts et des prix, elles ont fait de l'euro une raison majeure d'amélioration de leur compétitivité et actuellement elles en tirent les bénéfices. Autre avantage de ce processus : l'homogénéisation du marché intérieur européen. La zone euro devient de ce fait de plus en plus attractive pour les investisseurs étrangers

Divergences de vues

Et les contradictions dans tout cela ? F. Périgot estime que pour réaliser des choses ensemble, il faut déjà les voir de la même façon. Or, il constate que les différents pays européens, leurs gouvernements, les opinions publiques européennes ne voient pas " toutes ces choses fondamentales de la même manière "

Accepter l'euro, c'est accepter les réformes structurelles que cela implique et surtout avoir la volonté de faire ces réformes. Ainsi la réforme du marché du travail, sa flexibilité, n'a pas eu, selon le conférencier , d'avancées significatives en Europe sauf aux Pays-Bas. Et l'orateur d'ajouter que malgré leurs appels incessants à l'adaptation et à la modernisation du marché du travail, les signataires du traité d'Amsterdam ne font rien ou font tout à l'envers et cela est inquiétant

François Périgot se dit également sceptique vis- à-vis de la discipline collective au sein de l'Union européenne : une fois la décision prise, elle doit être appliquée dans tous les pays membres, ce qui n'est pas toujours le cas. En revanche, il souligne que l'euro est pour tous l'occasion d'avoir une approche réaliste des problèmes dans l ' espace social européen. Cet espace social existe déjà, bien que l'espace économique ait une longueur d'avance dans son organisation. Cependant, le président du Medef international est résolument opposé à l'idée d'une unification de cet espace social européen


Quel modèle ?

Les ambiguïtés de la construction européennes apparaissent dans plusieurs domaines. Par exemple : que doit être le modèle européen ?. Il faut réfléchir , en effet, souligne l'orateur, à ce que devrait être un modèle économique et social européen de référence nécessaire à la réussite de l'aventure européenne.. Autre exemple : quel doit être le rôle et l'utilisation de l'épargne privée ? De toute évidence, tous les gouvernements, qu'ils soient de droite ou de gauche, n'ont pas trouvé les moyens efficaces pour son emploi soit dans le domaine de la protection sociale , soit dans celui du développement économique. Il reste enfin encore à réfléchir sur les formes institutionnelles et politiques de l ' Europe , son degré de fédéralisme, la place des Etats nations…

Décider à la majorité

François Périgot défend fermement la nécessité de votes majoritaires dans les instances européennes, au sein de la commission et du Conseil des ministres . Si cela peut être désagréable en certaines circonstances pour certains pays, l'application de la règle des votes à la majorité est indispensable au bon fonctionnement de ces instances européennes , surtout dans la perspective de l'élargissement de l 'Union européenne.

Urgence

Désormais alors que l'euro est mis en place et que la croissance économique est retrouvée, il est indispensable d'avancer dans les réformes structurelles. Il y a urgence car il faut maintenant passer à la phase suivante, celle de l'adaptation de l'économie européenne au marché mondial. Les contradictions seraient toujours là à prétendre vouloir construire l'Europe sans manifester concrètement une volonté politique de conduire fermement les réformes qui s'imposent et de se laisser ainsi prendre de vitesse.

Notes de Manuel Kunsch


NDLR. Le cercle Antéis est une association 1901, sans but lucratif, dont l'objet est d'aider ses adhérents à gérer leur patrimoine. A cette fin, il fournit à ses membres des pistes de réflexion sur des thèmes généraux, en relation avec son objet social. Cette réflexion introduit des éléments de comparaisons internationales. Certains animateurs du Cercle Antéis ont adhéré à aRRi. Des manifestations communes sont organisées à l'occasion. Le prochain invité du Cercle est Bernard Dufau, Pdg d'Ibm-France, qui traitera, le 19 mai à 18 h à l'Espace Bernanocs Paris 9è de " l'impact de la mondialisation, de l'internet et de l'e-business sur la vie de l'entreprise et du citoyen ". Deux responsables du Cercle Antéis MM Guillaume et Ledoux ont rencontré des membres d'aRRi le 16 mars dernier.

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