Conférence du 19 septembre 2000


LE MAROC NOUVEAU, SOUS UN NOUVEAU REGNE

Conférence débat d'aRRi avec Rémy Leveau, professeur à l'IEP, en présence d'Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc à Paris


Rémy Leveau (science po , agrégé de droit) a assumé tout au long de sa carrière des fonctions diverses de types très variés : il a été enseignant (précepteur d'Hassan II, professeur à l'Université Saint Joseph à Beyrouth, professeur à Science Po) mais aussi acteur (conseiller du ministre de l'Intérieur du Maroc, Réda Guédira, conseiller culturel en Égypte et en Libye) et également chercheur (Berlin ).

Son exposé est centré sur le rôle de la monarchie marocaine, la place prépondérante qu'elle occupe par rapport aux autres éléments de l'institution politique (gouvernement, parlement, justice), son organisation efficace, son évolution sous les règnes de Mohammed V , Hassan II, Mohammed VI.

Rémy Leveau évoque l'avènement du nouveau roi la question du remplacement inéluctable des conseillers du roi précédent (rajeunissement). Notamment après la mort d'Hassan II le départ du ministre de l'Intérieur, Basri, l'arrivée d'un ancien opposant Abraham Serfaty comme conseiller du nouveau roi pour la politique énergétique ; en revanche le maintien d'André Azoulay que nous aurons rencontré à Rabat. Il constate que le même problème se pose presque en même temps en Jordanie pour Abdallah II qui remplace le roi Hussein et en Syrie pour Bachir el Hassad qui succède à son père Hafez el Assad comme chef de l'État : dans ces deux pays aussi, il y aura des changements d'hommes et des inflexions de la politique intérieure et de la politique étrangère.

Les problèmes intérieurs

Le nouveau Maroc avec une croissance démographique toujours forte quoiqu'en diminution dispose d'une population toujours jeune, mieux instruite et fort nombreuse (bientôt 30.millions d'habitants). La population rurale reste importante même si sa part par rapport à la population totale (50%) est en constante régression du fait de l'amélioration des rendements agricoles et des migrations vers les villes. Le jeune roi est confronté notamment à deux problèmes importants celui du nombre des chômeurs et celui de l'avenir des jeunes cadres de plus en plus nombreux sortis des facultés et des grandes écoles (250 anciens élèves des Ponts et Chaussées contre une trentaine dans des pays comme le Liban, la Tunisie ou l'Algérie) .

L'Islam au Maroc n'a jamais été "intégriste", ni "extrémiste" comme dans d'autres pays musulmans. Différence essentielle avec la situation religieuse en Tunisie ou en Algérie : le roi du Maroc est "Commandeur des croyants", la question de la religion en ce début du 21 e siècle promet d'être importante : le problème du statut de la femme marocaine est à la fois posé par les modernes qui souhaitent accentuer une occidentalisation déjà réelle et certains religieux qui souhaitent un retour en arrière (notamment le principal chef religieux récemment sorti de prison : Abdessalm Yassine). Jusqu'à présent le nouveau roi n'a pas tranché mais on peut penser que sur cette importante question, il est plus libéral que l'opinion publique. Enfin il ne faut pas oublier que l'islam est aussi un vecteur de protestation susceptible de fédérer les cou-
rants extrémistes et d'exprimer les mécontentements sociaux. Le rôle de l'armée peut paraître ambigu : sous le règne d'Hassan II elle a été généralement un soutien utile pour la monarchie, mais c'est aussi en son sein que deux coups d'Etat ont été organisés... Qu'en sera-t-il sous le règne de Mohammed VI ?

L'économie est encore à dominante agricole même s'il est vrai que des industries se développent rapidement dans les grandes villes marocaines. L'ambassadeur du Maroc en France, Hassan Abouyoub, présent au débat (il fut ministre de l'agriculture) rappelle qu'en 40 ans les surfaces irriguées sont passées de quelques milliers à un million d'hectares, la surface totale cultivée étant de l'ordre de 7 millions d'hectares .

Les relations extérieures

Les relations politiques, économiques et humaines du Maroc se développent avec les autres pays : quelles que que soient leur nature et leur situation géographique : notamment avec ceux du Maghreb du Moyen Orient, de l'Union européenne et les Etats-Unis.

Relations humaines : le Maroc, comme ses deux voisins du Maghreb entretient des relations culturelles privilégiées avec la France. S'ajoutent pour le Maghreb les liens créés par l'existence d'une importante population émigrée en France et dans d'autres pays de l'Union.
Échanges commerciaux : l'importance du commerce du Maroc avec les pays de l'Union européenne est considérable alors que les échanges intramaghrébins sont encore relativement faibles. L'Algérie exporte son pétrole vers l'Europe par deux oléoducs : l'un traverse la Tunisie, l'autre le Maroc, ce qui peut justifier un partage des redevances …

Le Maroc a demandé il y a longtemps son intégration dans l'Union européenne. Cette demande va revenir à l'ordre du jour du fait du projet homologue d'intégration de la Turquie (100 millions d'habitants). Il apparaît comme une tête de pont d'un Maghreb de 80 millions d'habitants face à l'Europe .

La question de l'intérêt des États-Unis pour les pays du Maghreb fait l'objet d'une discussion : pour le conférencier, du fait de la prépondérance des problèmes pétroliers dans leur politique étrangère les États-Unis concentreraient leur intérêt sur la seule Algérie négligeant quelque peu la Tunisie et le Maroc …

La question du Sahara et du Polisario est alors évoquée : la clé du problème est bien évidemment à Alger. Ce point est confirmé par l'ambassadeur du Maroc.

Jean-Michel Fauve félicite Rémy Leveau et remercie l'ambassadeur pour sa participation attentive et amicale. Il lui demande de bien vouloir conclure le débat. Hassan Abouyoub qui a constaté qu'une partie de l'assistance avait déjà une excellente connaissance du Maroc se réjouit de l'intérêt porté à son pays et formule le souhait qu'au delà du voyage organisé au Maroc par aRRi début octobre il y ait un suivi. Il s'engage pour sa part à participer à ce suivi en tant que de besoin

 

Notes prises par Jacques Bourdillon