CONFERENCE DU 25 novembre 2000


LA NOUVELLE ECONOMIE

Conférence de Christian de Boissieu, professeur à l'Université de Paris I, directeur du Centre d'observation économique de la CCI de Paris, le 25 novembre 2000 à l'Université Populaire de Mont-de-Marsan

"La nouvelle économie" est un concept de praticiens de l'économie appelé à faire choc mais vide de contenu précis. Aussi, est-ce à un effort de définition que le conférencier s'attache dans son exposé.

Approche du phénomène

Dans la nouvelle économie, nous trouvons les n.t.i.c. (nouvelles techniques d'information et de communication), "Internet en est une parmi d'autres", les téléphones mobiles aussi. Il faut plus largement considérer "la chaîne de valeurs du produit brut au consommateur final intégrant l'aspect service". Nous trouverons des activités typiquement n.t.i.c. avec Internet, le courriel, le commerce électronique relevant de la nouvelle économie mais aussi bien, dans l'économie dite traditionnelle - exemple l'automobile - utilisant en proportions variables les n.t.i.c. Les frontières ne sont ni nettes ni tranchées entre la nouvelle et l'ancienne économie, mais en pratique, les gens se comprennent...
On propose désormais la distinction entre le b to b (b= business), c'est à dire la communication interentreprises, et le b to c (c= consumer), la relation entre l'entreprise et le client. Le b to b occupe 90 à 95 % du secteur, aux USA comme en Europe. Le b to c, commence seulement à se développer et se heurte aux qualités du commerce traditionnel ("Amazon.com ne vaut pas un bon libraire"!). Toutefois le e commerce - commerce électronique - se développe et aura des répercussions sociologiques, financières, économiques.

Où en est la France ?

Le secteur n.t.i.c. produit 8 % du PIB aux USA contre 5 % pour la France. En matière d'emploi, les données respectives sont 5 % (US) et 3,6 % (Fr) - chiffres de 1998 - . Les US ont " 6 à 7 ans d'avance sur cycle". L'écart se réduira t-il ? En tous cas, les chiffres français progresseront par rapport au PIB et à l'emploi.
Autre constat : les petits Etats d'Europe "se comportent mieux" que les gros (à part l'Angleterre proche des USA). Tous les Etats scandinaves, l'Irlande, et même le Portugal sont relativement plus équipés et productifs que France, Allemagne, Italie.
La France fait partie des poids lourds "qui importent beaucoup plus qu'ils n'exportent, bénéficiant toutefois de la baisse de prix des matériels, exportant un savoir-faire de conseil, mais ce n'est pas suffisant.
Qu'en est-il des "Start-up", nommées "Jeunes Pousses", par l'Académie ? On constate d'importantes déperditions (25 % de réussites au
bout de 5 ans) mais les taux sont comparables partout, USA compris. La différence tient au côté péjoratif de la faillite en France, phénomène admis
ailleurs s'il n'est pas frauduleux. Or les, Jeunes " Pousses " contribuent à faire baisser le chômage et offrent un cadre dynamique pour de nouveaux talents, brisant nos préjugés sur les diplômes et notre respectabilité...


Principales conséquences de l'essor de la nouvelle économie


Baisse du chômage, consolidation de la croissance, amélioration de la productivité, tensions inflationnistes possibles, ces résultats sont parfois masqués, lents à se dessiner. " Je pense que W. Duisenberg se trompe quand il dénie le rôle de la nouvelle économie en Europe ".

Robert Solow, professeur à la Cambridge déclare par ailleurs "les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité"! Paradoxe qui a mis du temps à s'estomper. De 1980 à 1995, la productivité américaine n'a crû que de 1%, mais elle est de 2,6% depuis 1995, car la net-économie a fini par amener une réorganisation des entreprises (comme les 35 heures - dixit le conférencier). Le "miracle" américain, ce sont trois données conjuguées, bien que contradictoires : productivité très élevée, chômage très bas (4%), inflation faible. Or un chômage bas engendre une tension salariale donc de l'inflation à laquelle remédient les taux d'intérêt élevés qui ralentissent la croissance. Le "cycle vertueux" (déficit externe excepté) des USA ne s'est pas encore produit en France (productivité + 1%, chômage structurel de 8% très élevé, pouvoir d'achat stable, manque de main d'œuvre qualifiée) où le débat est lancé : on a privilégié l'emploi mais ni la productivité, ni les réformes structurelles anti - chômage.

Autre conséquence : le e. commerce accélère la circulation de la monnaie d'où des tensions inflationnistes. Il y a une jonction à faire entre les banques centrales et les praticiens. Quant à la dimension financière liée à la bourse, le PER est de 120 dans les valeurs du Nasdaq quand il est de 25 dans le CAC 40 avec valeurs classiques. Le marché est-il fou ? Nous mesurons encore mal le sens et les conséquences de la "bulle" financière (PER : taux moyen par lequel on multiplie le bénéfice annuel pour avoir les cours capitalisés. Un taux "paisible" est 17!).


Les Défis

Ce sont ceux de la formation et de l'éducation, face aux inégalités entre ceux qui sont à l'aise dans les méthodes et les instruments, et les autres; face aux défis de l'argent facile qui sont dans la mauvaise conscience de la société à l'encontre des brillants talents abonnés au succès (" il faut les défendre" !); face aux aléas boursiers. Les corrections vont se poursuivent, mais il ne faudrait pas casser la croissance dont, nouvelle ou ancienne, l'économie a besoin. La France, légèrement en avance sur l'Allemagne, a encore beaucoup à faire.

Notes de Monique Guyard et d'Henri Douard