CONFERENCE DU 14 novembre 2000

Cycle " Phénomènes religieux et spirituels dans le monde "


DEVENIR DE L'HOMME, DEVENIR DU MONDE AU XXI° SIECLE
Conférence- débat de Bernard Besret


L'homme, le monde, leurs devenirs : familier de la fréquentation des questions spirituelles et scientifiques, Bernard Besret, sans avancer des hypothèses, tout en pariant pour un monde meilleur, nous invite à réfléchir sur les deux pôles fondateurs de notre vie, la conquête de notre intériorité, l'insertion dans l'histoire.

Dans la philosophie grecque, le couple "être et devenir" a déjà nourri la pensée des présocratiques, note l'orateur, mais en Occident, souligne- t - il, nous avons tendance à privilégier le thème du devenir sans devenir, en effet, pas d'histoire pas de progrès. Or, dans nos vies, quand un pôle s'affirme avec force, il faut se tourner vers le pôle opposé et considérer ces deux polarités comme capables de se féconder, de se stimuler l'une l'autre. Il y a dans nos vies une dimension historique, certes éphémère, d'une naissance à la mort, mais parallèlement une capacité, par l'intériorité, notion capitale, la capacité de capter ce que l'on peut considérer comme le fondement ultime du réel.
Ainsi, il ne faut pas faire un absolu du devenir, dans notre expérience individuelle et dans l'évolution de l'humanité. Ne retenir qu'un des pôles expose à une forme de mort. Ne prendre que la dimension intérieure conduirait à mourir par asphyxie mais celui qui ne voudrait survivre que dans l'histoire, dans l'engagement risquerait de mourir par déracinement, par éclatement dans sa réalité la plus profonde. Chaque polarité est garante, constituante de l'autre et réciproquement.

Les identités en danger

Le devenir du monde? Quel que soit l'endroit, l'Occident ou la Chine, le XX° siècle aura été un siècle de déstructuration des repères institutionnels, de tout ce qui avait une évidence sociale, de ce qu'il fallait croire et faire . Mais à partir des années 80 et surtout à partir de la chute du mur de Berlin, le développement de la mondialisation a provoqué une accélération fantastique des interrogations posées à nos sociétés avec les dangers de nivellement des identités exposées à l'anonymat.
Et Bernard Besret de revenir à la notion de polarité exposée plus haut : dans la même logique, à la globalisation devrait correspondre une véritable politique de respect des identités des uns et des autres ; il faudrait inventer des relations inter culturelles, inter régionales, des échanges permettant à chacun, tout en restant lui-même, de s'enrichir de l'expérience des autres, sans s'intégrer dans un modèle unique. Chaque rencontre, chaque lecture nous enrichit, nous ouvre sur les autres et, en même temps, nous rend plus singulier.

Refus du clonage

Ce singulier nous fait refuser le clonage mais notre identité ne s'épuise pas dans la signature génétique, elle se construit dans tous les instants de nos vies, la reproduction de cette identité paraît impossible, le processus de constitution de nos identités sera, à l'avenir, un problème politique majeur.

Avec la révolution de la mondialisation, nous vivons aussi la révolution du numérique, avec ses conséquences sur l'organisation de la communication à l'échelle planétaire et ses répercussions sur notre manière de nous positionner par rapport à l'espace et au temps, en rupture avec l'univers cloisonné antérieur. Il faudra gérer cette nouvelle situation, trouver des moyens pour élever le niveau de notre liberté intérieure face à ces outils potentiellement aliénants ou dispersants.

Des questions éthiques inouïes

La révolution génétique, avec le décryptage du génome, nous fait aller au cœur de notre identité d'être humain, mettant en cause l'avenir même de l'espèce humaine, posant des questions éthiques inouïes impensables auparavant. Cette situation conduit Bernard Besret à la réflexion suivante: nous ne pouvons plus déléguer, dit-il, à une institution ou à quiconque le soin de penser notre vie à notre place. D'où le chapitre de son livre intitulé" Devenir les philosophes de nos propres vies" dans son Manifeste pour une renaissance(1). Chacun est appelé à assumer la réflexion sur sa propre vie et sur sa mort. Le retour en force de la philosophie en est un signe.

Deux questions

L'orateur en arrive à formuler deux questions essentielles à ses yeux:
- Quelle est la véritable nature ultime du réel? Cette quête anime presque toute l'humanité, pas seulement les philosophes, les scientifiques, les mystiques ou les artistes. Est-ce le moteur qui meut chacun de nous à sa manière en quête d'une réalité qui nous échappe ? Pour les bouddhistes, la question de la réalité ultime ne se pose pas : on n'est pas tout à fait rien parce que l'on existe, mais on n'est pas vraiment quelque chose non plus. Contrairement aux bouddhistes, Bernard Besret estime que cette question est légitime : pourquoi sommes-nous quelque chose plutôt que rien ?
- La deuxième question est relative à la nature de la conscience humaine, c'est- à- dire à la capacité consciente d'être conscient.
Ces deux questions sont en interrelation étroite car notre conscience fait partie du réel et toute la connaissance que nous avons du réel nous parvient au travers de notre conscience. La recherche sur la conscience sera un des thèmes majeurs de demain, pronostique Bernard Besret.
Le philosophe transparaît dans sa conclusion associant l'être et l'histoire : " Nous sommes dans le devenir mais par certaines dimensions nous devons le dépasser. Nous sommes engagés dans l'histoire mais, dit-il, par certains aspects l'essentiel se joue dans le moment présent parce que, au moment de notre mort, c'est d'une certaine manière, la fin de l'histoire de l'humanité. Serons-nous à cet instant pleinement accomplis ? "

Notes de Pierre Coulhon

(1) Manifeste pour une Renaissance. Ed. Albin Michel