Conférence du 5 mai 2000


LA PLACE ET LE ROLE DE LA FRANCE DANS LES NEGOCIATIONS DIPLOMATIQUES MULTILATERALES AU SEIN DU SYSTEME DES NATIONS UNIES.

S. Ex Philippe Petit, Représentant Permanent de la France auprès de L'ONU à Genève et des institutions spécialisées.


Dans un tour d'horizon introductif, l'Ambassadeur rappelle l'évolution du centre d'intérêt de la diplomatie, jadis privilégiant les relations bilatérales, et qui se déplace vers l'approche multilatérale des problèmes depuis l'essor de la mondialisation et des progrès des communications. Si cependant la diplomatie classique ou bilatérale reste plus enrichissante sur le plan personnel, la diplomatie multilatérale devient plus prestigieuse dans le cadre actuel d'échange ouvert, où l'essentiel consiste à établir les règles communes d'un jeu international élargi.

A titre d'exemple, l'Ambassadeur Petit rappel brièvement: les divers domaines dans lesquels il est amené à représenter la France à Genève: D'abord, certes, auprès des organismes directement rattachés à l"ONU, tels que la Commission Economique pour l'Europe, la CNUCED, le Haut Commandement pour les réfugiés, la Commission des droits de l'homme, l'UNITAR et la conférence du désarmement. Mais également auprès d'organismes rattachés à la famille des Nations Unies, tels que les organisations internationales du travail (OIT) et de la santé (OMS), ou concernant la propriété industrielle, la météorologie, les télécommunications. Enfin auprès d'organismes n'ayant pas de relation directe avec l'ONU, tels que l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), celle de la Croix Rouge Internationale et de la recherche Atomique (CERN).

Sa mission auprès d'une vingtaine d'organisations internationales lui donne une expérience diversifiée des relations multilatérales. Les institutions situées à Genève sont d'avantage orientées vers les objectifs à moyen et long terme que celles sises à New York pour prévenir les crises et régler les conflits à chaud. La mission générale de la gamme d'institutions genevoises peut être résumée par la formule "civiliser la mondialisation".
Concernant la position de la France dans l'ensemble institutionnel de Genève, sont à retenir deux éléments: En tant que l'un des cinq membres permanents du conseil de Sécurité de l'ONU à New York, la France bénéficie d'un poids spécifique qui lui permet de jouer un rôle de premier plan dans toutes les instances internationales de l'ONU.

D'autre part, le développement des responsabilités assumées par l'Union Européenne réduit progressivement le rôle de chacun de ses composants. Ainsi par exemple au sein de l'OMC, l'UE reçoit un mandat, défini à quinze avant les sessions. Sa délégation mène la négociation en leur nom collectif, les Etats membres devenant de simples observateurs. Dans d'autres instances, la France s'efface de plus en plus devant l'expression commune des quinze. Celle-ci perd parfois en spontanéité et en mordant du fait qu'un compromis préalable a gommé les aspérités et réduit l'impact instantané d'une déclaration d'un pays. Par contre elle gagne en force de persuasion.

En fait, la place d'un Etat dans un tel système est fonction de ses contributions financières aux diverses institutions. Or la France, qui est au 4ème rang des Etats, n'est que le 14éme contributeur des organismes internationaux. On ne peut également que constater une perte d'influence sur le plan linguistique. Même à Genève, la place du français a baissé depuis vingt ans au profit de l'anglais, et cela notamment pour des raisons budgétaires. Les pays anglo-saxons, surtout les USA, ont misé sur une importance croissante des contributions volontaires, alors que la France s'en tient au principe que les seules contributions obligatoires devraient suffire à équilibrer le budget de fonctionnement des organismes multilatéraux. En vue de sortir d'une telle impasse, une réflexion est en cours à Paris, avec mise à l'étude d'une nouvelle répartition entre aides multilatérales et bilatérales.

De l'échange qui suit cette exposé ressortent quelques points complémentaires:

    1. A la question relative à l'instauration d'un éventuel conseil de Sécurité Economique dont l'UE serait un membre permanent, l'Ambassadeur répond que présentement la tendance observée serait plutôt celle du conseil de Sécurité à traiter de questions aussi bien politiques que économiques (ex. le problème de la dette). La renégociation des pouvoirs octroyés à des membres permanents paraît improbable dans le contexte actuel. Voir la sage lenteur des négociations et le fait qu'il n'y aurait pas encore de positon française à ce sujet.
    2. La contribution de la France aux divers organismes fait partie de la procédure budgétaire qui est élaborée à New York et non à Genève. Chaque budget d'organisme est traité séparément, sans consolidation des pourcentages de participation, et les barèmes de répartition sont sujet à remise en cause.
    3. Le développement des institutions internationales, parfois un peu à l'étroit dans le territoire genevois, implique une coopération avec l'espace alentour, notamment francophone. Déjà se manifestent des accords de participation complémentaire dans certains domaines techniques avec la Région Rhône-Alpes, et ce dans l'esprit d'un rayonnement accru de la Genève internationale.
Michel le Bouis