DEJEUNER-DEBAT du 9 juin 2000


L'EURO EST POUR DEMAIN : SOMMES - NOUS PRETS ?

Exposé de Philippe Marchat, Inspecteur général des finances. Déjeuner-débat du Club Réalités internationales.


Le traité de Maastricht a prévu deux étapes pour le passage concret des monnaies nationales à l'euro : le 1er janvier 1999 pour la monnaie scripturale; le 1er janvier 2002 pour la monnaie fiduciaire (les espèces). Sommes-nous prêts ? Voici la réponse de Philippe Marchat, inspecteur général des finances qui a été "Monsieur EURO" au ministère de l'économie et des finances sous les ministères de Jean Arthuis et de Dominique Strauss Kahn.

La première étape, le passage à la monnaie scripturale, a été un succès. La libre convertibilité des monnaies à taux fixes fonctionne. Les valeurs des actions et obligations sont exprimées et cotées en euros. L'euro s'est finalement convenablement positionné jusqu'ici par rapport au dollar, même si cette position ne peut pas ne pas fluctuer quelque peu. Il faut rappeler que le passage à l'euro constitue une très grosse opération technique et financière : La population impliquée est de 270 millions d'habitants. Il s'agit du premier système monétaire à gestion fédérale de la planète qui a vu le jour, sans qu'il ait pour autant un système politique fédéral correspondant. L'euro est une monnaie importante au plan mondial, la seconde après le dollar, et pas très loin derrière lui.

Intenses préparatifs

La seconde étape, le passage à la monnaie fiduciaire, fait l'objet d'intenses préparatifs. La Commission européenne est très active dans ce domaine : dans le cadre communautaire, le ministre Dominique Strauss Kahn a fait élaborer un "plan national de préparation à l'euro". Reste l'inconnue de l'adoption des nouveaux signes monétaires par le public, et surtout de la préparation, très insuffisante et préoccupante à ce jour, des entreprises particulièrement les PME qui disposent pourtant depuis 1999 des différents "outils" leur permettant d'utiliser déjà l'euro scriptural, avec la possibilité qui leur est offerte de basculer leur comptabilité à l'euro, de convertir leur capital social, de passer déjà des marchés en euros et surtout de se préparer dès maintenant à adapter leur stratégie à l'euro.

L'expérience montre, en effet, que le passage à l'euro est une opération infiniment plus complexe qu'une simple conversion comptable et informatique, mais qu'elle concerne l'ensemble des fonctions de toute entreprise en ce qui concerne notamment son marketing, ses relations avec les clients, les fournisseurs , la remise en cause, bien souvent, des conditionnements en fonction des nouveaux prix d'appel libellés désormais en euro "ronds" et sans décimales. Il n'est pas étonnant, de ce fait, qu'à l'expérience, une telle préparation pour une entreprise puisse prendre entre six et dix huit mois, c'est-à-dire dans ce dernier cas une période déjà inférieure à celle restant à courir de la "période transitoire" de 1999 à 2002 qui avait été prévue précisément pour permettre cette préparation. Il n'y a donc plus de temps à perdre, mais il convient au contraire de tout mettre en œuvre, sans le moindre retard, pour sensibiliser le monde bancaire, les entreprises et tous leurs conseils (commissaires aux comptes, sociétés de services informatiques et comptables...).
Philippe Marchat apporte ensuite des précisions sur divers aspects de la mise en place de l'euro.

Billets et pièces

D'importants volumes de billets et pièces exprimés en euro, sont en cours de fabrication. Après analyse de risques, il a été décidé d'émettre des billets de 500 euros. Des kits de "monnaie euro" pourront être acquis auprès des banques à partir de décembre 2001. L'euro et les monnaies nationales coexisteront pendant les deux premiers mois de 2002. Il sera possible d'effectuer un paiement en euro et il sera recommandé, dès janvier 2002, de rendre la monnaie en euro, de recevoir la monnaie, et le contraire. Les échanges de monnaies nationales contre des euros auprès des banques seront gratuits.

Des chèques : il est dès aujourd'hui possible d'émettre des chèques en euros à condition d'utiliser des chéquiers spéciaux en euro délivrés gratuitement par les banques. Ils doivent être rédigés dans les langues des pays où ils sont tirés. Cela ne sera pas très aisé pour les gens qui ne parlent pas cette langue, même si on leur fournit un guide détaillé. Un auditeur suggère à Philippe Marchat de présenter ces chèques sous forme de grille, sur lesquelles il n'y aurait que des croix à porter (en plus bien sûr de l'écriture du montant en chiffres qui est universelle).

Banques : Elles effectueront les conversions des comptes de leurs clients en euro, sur simple demande puis systématiquement, sans frais. Un système de compensation multinational est à l'étude à Bruxelles. La perte des commissions de change et transactions, représenterait pour les banques un manque à gagner. Des discussions, sont en cours, dans le but de limiter les
frais des opérations transfrontières qui sont excessifs.

Entreprises et administrations : Les entreprises auront à ajuster les contenances des paquets de marchandises et leur tarifs, de façon à obtenir des prix de vente en euro sans trop de décimales. Les administrations auront de même à arrondir les seuils et montants des prestations sociales, ainsi que les montants des amendes. Les conversions des comptabilités en euro représentent de grosses opérations, d'une durée de 6 à 18 mois selon les estimations. La continuité des contrats sera assurée. Il n'y aura pas lieu de les négocier.

Commerce : La généralisation du double étiquetage et du double affichage, déjà largement répandus aujourd'hui sera imposée. Tout sera mis en œuvre pour éviter qu'un certain ralentissement des transactions ne se produise dans les premiers mois de 2002. La comparaison plus facile des prix ne va pas être sans accroître un peu la concurrence entre les pays de la zone euro.

Experts-comptables et conseillers financiers. Ils ont et auront à accroître leur disponibilité pendant la période de passage à l'euro. Des associations de retraités compétents se sont offertes pour aider les petites entreprises.

Politiques économiques - Fiscalités - Gestion des budgets des Etats. La mise en cohérence raisonnable des pays de la zone euro dans ces trois domaines reste encore insuffisante en dépit des progrès déjà réalisés.

Notes de Michel Forestier revues par le conférencier