PERSE D'HIER, IRAN D'AUJOURD'HUI


Un voyage d'aRRi en Iran du 5 au 22 octobre 1999


Sous la conduite de Christian Graeff, ancien ambassadeur de France en Iran et de Maria Graeff, trente membres du Mouvement aRRi Rayonnement français Réalités internationales ont accompli un périple de 3500 km en car en Iran de Téhéran à Fabriz, Chiraz et Meched.

A Téhéran

En sortant de l'aéroport de Meherabad, le voyageur est accueilli par l'énorme tour Azadi (la liberté). "Tour", on dirait plutôt une arche que le dernier Chah a fait ériger pour symboliser la glorieuse identité des Iraniens, c'est-à-dire des Aryens. Moderne, original, majestueux, le monument rappelle en son sommet la coiffe des conquérants achéménides que l'on admire sur les bas reliefs de Persépolis. C'est tout un symbole pour une métropole dont la croissance depuis 30 ans est extraordinaire : quelques 12 millions d'habitants qui se pressent dans la poussière et les embouteillages entre 900 et 1400 m d'altitude, entre d'énormes zones industrielles à l'ouest, des quartiers miséreux du sud, absorbant l'antique cité de Rey, des quartiers plus chics du nord triomphants de leurs hautes tours d'appartements ou de bureaux autour de Shemiran.

Le Centre - la vieille ville, capitale depuis 1789 - dans la poussière où la torpeur n'a rien de plaisant malgré quelques beaux jardins ombrés de vieux arbres. Par contre, les musées visités illustrent l'histoire plurimillénaire d'une culture extrêmement riche et diverse. Musée archéologique qui expose entre autres des poteries et des bijoux d'il y a 5000 ans de formes et de couleurs étonnantes. Musée de la verrerie dans un hötel particulier du XIXème. Musée du tapis très moderne conçu par la sœur du Chah, Ali Reza, pour être le conservatoire des types très variés de splendides tapis provenant des différentes provinces et tribus de l'Empire.

Au Khorassan

Le Khorassan est la plus grande des provinces de l'Iran (300 000 km2 sur 1 600 000). Sa capitale, Meched, est la ville sainte, où se trouve le tombeau de l'Imam Reza, le 8ème des Imams chiites, mort dans des conditions pas très claires vers 809 (Charlemagne régnant ...). Son mausolée attire chaque année quelques 12 millions de pèlerins au centre d'une enceinte grandiose et sacrée (Haran-e-Motahar) composée de mosquées, de bibliothèques, de musées, d'écoles coraniques.

Mais le Khorassan c'est aussi la terre des poètes : Ferdousi, auteur du célèbre "Livre des Rois" datant du 10ème siècle est enterré à Tus, près de Meched. Un siècle plus tard, Omar Khayam, mathématicien par ailleurs, célébrait dans ses centaines de quatrains l'amour, le vin et la sérénité. Les mausolées construits en l'honneur des poètes sont des lieux de pèlerinage assidus.

Autre activité singulière de cette région orientale marginale, bien différente de celle des lecteurs de versets coraniques ou de strophes des poètes : la contrebande
de l'opium ou de l'héroïne avec l'Afghanistan voisin, actuel. Celui-ci a, par ailleurs, accueilli sans aucune aide de la communauté internationale, plus de 2 millions de réfugiés afghans pourchassés par les Talibans sunnites et pachtous.

A Tabriz

De Tabriz (plus d'un million d'habitants), on retiendra les faïences magnifiques de la célèbre "mosquée bleue", presque détruite par un tremblement de terre, avant que d'être peu à peu reconstruite, brique par brique avec un soin merveilleux par des artisans minutieux d'une habileté extraordinaire et dont le travail considérable n'est pas terminé.

150 km plus à l'est, à travers une zone montagneuse, pelée, froide et brumeuse que hantent encore des caravansérails austères comme des monastères, on rejoint Ardehil, la 2ème ville de la région : c'est le lieu de naissance de Cheikh Sali al Din, ancêtre des ismaéliens (2ème moitié du 13ème siècle) auquel est dédié un mausolée merveilleux ...

A Chiraz

70 km au sud de Persépolis, à Chiraz, capitale du Fars, nous découvrons un autre monde, celui de la civilisation persane, telle qu'on l'entendait en Europe à l'époque de Louis XIV ou du Président Poincaré. Raffinement des jardins, des fleurs, de la poésie.

A Ispahan

Il y a tant à dire, tant à voir sur le passé de ce pays, à Ispahan, à Qom et ailleurs. Tant à observer sur le présent de ce pays qui, en 20 ans, a doublé sa population passant de 30 à 60 millions d'habitants. Un pays où les jeunes de moins de 24 ans (50% de la population) n'ont connu à travers la terrible guerre d'Irak (800 000 morts) que la "Révolution". Un pays où plus de la moitié de la population est urbanisée (on compte une demi-douzaine de villes de plus d'un million d'habitants). Un pays où les jeunes filles sont maintenant plus nombreuses que les garçons dans les universités (53%), un pays où - nous a-t-on dit -, 30% des possesseurs de télévision (du moins à Téhéran) possèdent une parabole à la fois interdite et ouverte sur le monde ...

Tandis qu'à l'Unesco, à Paris, le président Khatami proposait de faire de l'an 2000, "Année du dialogue des civilisations" - quel symbole - très exactement sept jours auparavant, notre groupe français avait été accueilli (dans les tout premiers, sinon le premier) par le "centre d'étude et de recherche sur le dialogue des civilisations". Là, un séduisant penseur islamiste à la vaste culture nous entretint une heure durant sur les "valeurs communes" n'hésitant pas à convoquer dans son discours les philosophes des "Lumières", Heidegger ... et Simone de Beauvoir.

Décidément, il faut désormais s'en convaincre : l'Iran des ayatollahs n'est plus ce qu'il était !