DEJEUNER-DEBAT du 23 novembre 1999


LE PUZZLE DU CAUCASE

Conférence débat d'aRRi avec Michel Malherbe


Les peuples du Caucase indépendants ou inclus dans la fédération de Russie, se méfient des Russes.Le "Caucase" couvre 440000 km2 et compte 25 millions d'habitants. Il comporte deux chaînes de montagnes dont l'une, au nord, (avec l'Elbrouz et le Kazbek) sépare la Fédération de Russie de trois pays maintenant indépendants, qui sont, d'est en ouest :

- l'Azerbaidjan (86.600 km2 et 7,5 millions d'habitants), peuplé majoritairement d'Azéris de langue turque et de religion musulmane (30% de sunnites dans le nord et 70% de chiites dans le sud). Parmi les minorités, on trouve des Perses, des Russes etc. La guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a été gagnée, au prix de lourdes pertes, par l'Arménie, qui contrôle actuellement 20% du territoire de l'Azerbaïdjan et assure une continuité territoriale avec le Haut Karabakh, jadis enclavé en Azerbaidjan. D'importants gisements pétroliers se trouvent en mer Caspienne près de la capitale, Bakou.
- l'Arménie (29.800 km2 et 3,3 millions d'habitants), christianisée depuis le 4ème siècle, dont la langue est indo-européenne et s'écrit dans un alphabet singulier; est le plus homogène du Caucase du point de vue ethnique. Il a beaucoup souffert de la part des Turcs (le génocide de 1915 a été précédé par d'autres massacres). Une importante diaspora arménienne (3 millions d'âmes) vit dans divers pays (10% en France). L'Eglise apostolique arménienne est autocéphale, ne reconnaît pas le concile de Calcédoine (mais ce différend est maintenant aplani) ; elle a deux catholicos, l'un en Arménie, à Etchmiadzin, l'autre en Cilicie, et deux patriarches, l'un à Istamboul et l'autre à Jérusalem. L'Iran accorde une grande attention à l'Arménie qui la protège contre les ambitions azéries sur ses territoires.
- la Géorgie, capitale Tbilissi, également christianisée au 4ème siècle, dispose d'une Eglise orthodoxe autocéphale; la langue géorgienne est caucasique et a un alphabet original. Il existe deux républiques autonomes: l'Adjarie, au sud, habitée de Géorgiens musulmans et l'Abkhazie, au nord-ouest, peuplée d'une minorité d'Abkhazes musulmans ; une guerre sanglante soutenue par les Russes cherchant à déstabiliser la Géorgie a dépeuplé la république devenue indépendante de fait (500000 habitants, dont 25% d'Abkhazes, au début du conflit, 200000 après, dont 30% d'Abkhazes). La Géorgie a beaucoup souffert de cette guerre civile et se trouve dans un état économique désastreux, après les espoirs nés à l'indépendance ; au nord, l'Ossétie du sud, peuplée de musulmans de langue indo-européenne, est incluse dans le Géorgie. Les Géorgiens se considèrent proches des Basques.

Les Tchetchènes et leurs voisins

- Au nord de la barrière du Caucase, de nombreuses ethnies peuplent diverses républiques autonomes de la Fédération de Russie qui sont, d'est en ouest :
- le Daghestan (12.000 km2), musulman, comporte 30 ethnies et langues différentes (en majorité caucasiques) ; les langues les plus isolées, parlées parfois par un ou deux villages seulement, se trouvent en haut des vallées. Le chef de l'Etat change tous les quatre ans, il est choisi à tour de rôle parmi les trois ethnies principales ; les habitants sont plus favorables aux Russes que les Tchétchènes voisins.
- la Tchétchènie et l'Ingouchie parlent la même langue caucasique. La capitale tchétchène, Grozny (terrible, en russe) est une place fortifiée construite dans la steppe par les Russes pour contrôler la région ; les parties montagneuses du sud sont pratiquement inaccessibles à une armée moderne.
- l'Ossétie du Nord, capitale Vladikavkaz ( qui domine le Caucase, Ordjonikidze sous les Soviets), de langue indo-européenne et de religion chrétienne ou musulmane, comme l'Ossétie du sud incluse dans la Georgie.
- la Kabardino-Balkarie (capitale Naltchik), formée par deux populations différentes, de langue caucasique pour les Kabardes, turque pour les Balkars,
- la république autonome des Karatchaïs et des Tcherkesses (ou Circassiens), a pour capitale Tcherkessk ; ce sont des musulmans, longtemps soumis à l'empire ottoman mais les Karatchaïs sont de langue proche du turc et les Tcherkesses ont une langue caucasique. Deux ou trois millions de Tcherkesses vivent en Turquie où la moitié d'entre eux a conservé leur langue.
- les Adyghées (capitale Maïkop), proches des Tcherkesses.

Les Cosaques (du Kouban à l'ouest, du Terek à l'est) sont les descendants de soldats agriculteurs, qui gardaient la frontière face aux musulmans. De religion orthodoxe, avec une forte ascendance ukrainienne ils sont d'esprit très indépendant et ont adopté une véritable culture caucasienne


La barrière des langues

Tous ces peuples, qu'ils soient indépendants au sud ou inclus dans la Fédération de Russie au nord, se méfient des Russes, mais ne s'entendent pas entre eux malgré d'incontestables éléments culturels communs, sauf sur le plan linguistique. Le russe reste la langue de communication. Le niveau de vie est encore misérable (guerres, tremblements de terre, corruption…)

En revanche la qualité de l'instruction est bonne et la situation de la femme satisfaisante (elle est très respectée dans le Caucase).

Les différentes religions ont souffert de l'athéisme soviétique et sont peu pratiquées. Les wahhabites d'Arabie Saoudite essayent d'accroître la pratique de leur Islam, sans grand succès pour l'instant malgré l'argent déversé.

Les richesses en pétrole de la mer Caspienne attirent les convoitises des USA et de la Russie. Un accord vient d'être signé pour la construction d'un oléoduc de la Caspienne à la Méditerranée par la Géorgie et la Turquie, aux dépens de la Russie. Un accord vient d'être signé pour la construction d'un oléoduc de la Gaspienne à la Méditerranée par la Géorgie et la Turquie, aux dépens de la Russie favorable au passage par le nord du Caucase.

Notes de Michel Kavyrchine