DEJEUNER-DEBAT du 25 novembre 1999


NOUVELLES TECHNOLOGIES ET COMMERCE EXTERIEUR

Déjeuner-débat du Club Réalités internationales avec Jacques Dondoux, ancien ministre

Jacques Dondoux, ingénieur, technologue, commerçant, chercheur, organisateur, paysan, sociologue, écologiste, un homme complet, un poète de l'Ardèche !
On ne peut rendre compte des propos de Jacques Dondoux, propos multiples, denses, personnels sans mentionner son style qui réalise une combinatoire de "personnage-orateur" dont la truculence le dispute à la conviction. Renversement incessant de l'argumentation - anacoluthes, n'est-ce pas ! - rapprochements paradoxaux, grands principes illustrés par les luttes "tribales" dans le département de l'Ardèche ("le sien"), avenir du téléphone numérisé comparé, le plus sérieusement du monde, à l'avenir du saucisson Tessier.

Résolument moderniste

En fait, Jacques Dondoux brouille ses propos et embrouille les auditeurs de ses métonymies pour mieux asséner des vérités simples et parfois merveilleuses, pour nous entraîner dans une démarche burlesque et subtile, dont ressort le bon sens imparable. Pour ce radical et fier de l'être, la politique opère sans cesse des choix dans une multitude confuse de propositions. Il faut encourager les productions qui amènent la prospérité et préparent l'avenir quitte à laisser les autres en veilleuse. Par exemple ne pas subventionner, contrairement au sens commun, les productions déclinantes mais encourager les nouvelles dont les tâtonnements sont prometteurs. Le commerce extérieur de la France enfin est indissociable du commerce mondial et de son organisation collective. Il faut être résolument moderniste...

Ingénieur, Jacques Dondoux "regarde l'horizon et règle les problèmes concrets" (G. Descours). Avec lui, nous sommes avec l'homme du téléphone et des télécommunications qu'un certain ministre avant lui considérait comme inutiles ... "J'ai inventé le kiosque télématique et je suis l'inventeur du téléphone radio GSM dont la norme européenne a été mise au point entre Allemands et Français, le temps soi-disant perdu a permis de l'imposer plus sûrement". Même si le génial Minitel résiste mieux que prévu aux productions américaines, le conférencier n'en dit pas davantage mais insiste sur le fait que l'industrie est l'outil essentiel de la prospérité économique, qu'en France la moitié de son produit est exporté alors "qu'une quantité équivalente nous arrive de l'étranger par sous-traitance", attestant de l'ouverture de la France (contrairement aux accusations dont elle est souvent l'objet).

Les méfaits de la centralisation

Mais l'ingénieur Jacques Dondoux est aussi aménageur du territoire ... Les PME/PMI sont les piliers de l'activité dans l'étendue géographique du territoire, elles sont des centaines de milliers qui assurent, bon an mal an, jusqu'à 40% des exportations, critère comme un autre mais essentiel et procurent du travail à une majorité de Français. Or, nous pourrions faire beaucoup mieux en suivant l'exemple de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Angleterre et des USA, si nous remédions à deux maux :
la complexité des formalités et la dérobade des banques
locales (et sans parler de la fiscalité). Avec virulence, l'orateur dénonce la centralisation bancaire. Ainsi,

"Jacques Chirac a voulu créer une banque des PME/PMI en plaçant le siège à Paris !" Quant au Crédit Agricole, son intérêt va à l'agriculture et à l'agro-alimentaire (outre qu'il est coiffé à Paris par la CNCA). Notre Coface, premier organisme d'aide à l'exportation ne s'intéresse qu'aux grandes structures. "Le bilan des saucissons de Saint-Agrève ne peut rivaliser avec Alstom !" Dans l'exemple italien, les banques locales apportent les fonds propres et favorisent les alliances de petites sociétés dispersées pour aider lors des moments difficiles et susciter les exportations. Les formalités pourraient être simplifiées en s'adressant à un seul intermédiaire qui se charge de tout, par exemple chez les Anglo-saxons qui, en outre, encouragent, dans une ambiance de jeu, l'accès à la bourse où chacun se compare et mesure les images de marque. Nous avons donc à prendre exemple sur nos concurrents à une époque où les échanges ne cessent de s'amplifier.

Des règles dans la jungle mondiale

En matière commerciale, Jacques Dondoux plaide pour la plus grande ouverture commerciale possible (les résultats de Seattle n'étant pas connus). Les sous-ensembles tels que ceux formés par les Japonais et les Américains dans les années 30 ont conduit à des guerres. Aujourd'hui, on cherche à établir des règles dans une économie libérale globale et ces efforts doivent être poursuivis. L'orateur dénonce l'idée d'un conflit entre l'Europe et les USA : le conflit se situe entre les pays développés et les pays en développement. "Nos métiers à tisser, ici ou là, peuvent se maintenir mais il serait illusoire de croire en leur avenir". Laissons aux pays économiquement faibles ce qu'ils font bien et à faible prix, assurons leur développement, et consacrons-nous aux nouvelles technologies dont tout montre qu'elles sont illimitées en créativité avec le super outil d'internet à leur disposition. Sans doute est-il "très difficile de mettre d'accord 135 pays de toutes richesses mais sur le fond on progresse, ça va durer 3 à 5 ans ..." Les vraies difficultés de Seattle, ce sont "les difficultés de vivre en commun sur le vaste monde avec des niveaux de vie très différents".

Cesser les guerres théologiques

L'OMC va faire apparaître d'énormes problèmes dans le domaine agricole, dans les questions d'environnement et en matière sociale.

"On va se battre sur les clauses sociales ..." Admettre au moins qu'on apprenne à écrire à tous les enfants et on ne pourra empêcher de "faire circuler les bouquins..." "Est-ce normal 500 millions d'analphabètes aux Indes ? Les gens doivent aussi pouvoir se syndicaliser ... En matière d'environnement, le problème est très grave : l'eau et les produits chimiques sont au cœur du débat. Il faut expérimenter les solutions, par exemple pour les OGM. Enfin, l'agriculture n'évitera pas une remise à plat : il faut cesser les guerres théologiques sur la viande américaine ... cesser les subventions agricoles : "chez nous, un litre de vin, un camembert valent cinq francs en moyenne ... il faut aller vers des prix réels". Par contre, on doit soutenir les agriculteurs qui ont une action vertueuse sur la qualité des produits et l'environnement.

Notes de Henri Douard