Conférence du 8 décembre 1999


LA FOI BAHA'I : SES ORIGINES, SON HISTOIRE, SES PRINCIPES

Conférence-débat d'aRRi, cycle Religions du monde, avec le Docteur Rouhani, le 8 décembre 1999


La naissance et le développement de la Communauté baha'ie constituent un des phénomènes paradoxaux de notre temps. Ce développement ne peut être apprécié à sa juste mesure que si l'on s'intéresse à l'état de la société où elle a pris naissance, société marquée par le despotisme politique et l'intolérance, le fanatisme religieux.

Historique

Trois personnalités ont marqué cette histoire le Bab (1819-1850) - Baha'Ullah (1817-1892) - Abd al Baha (1844-1922)

1. Les origines

Tout commence avec la déclaration le 23 mai 1844 de Ali-Muhammad Shirazi surnommé le Bab : la Porte (sous entendu : qui ouvre sur une ère nouvelle). Ce jeune marchand de la ville persane de Shiraz déclare être le Mihdi attendu de l'Islam. Son enseignement commencera par toucher un premier cercle de 18 personnes qui recevront du Bab lui-même la mission de porter le message au reste de l'humanité. Mais devant l'ampleur que prend la nouvelle foi, les persécutions frappent les adeptes : le Bab est arrêté et emprisonné. La poétesse Tahirih se dévoile en public, revendiquant par là la liberté pour les femmes, elle sera étranglée et jetée dans un puits. Le Bab lui-même sera exécuté après un simulacre de procès.

2. Les premiers échos en Occident

Le message du Bab a un impact particulier dans les milieux intellectuels et artistiques de Paris. Il faut citer le livre du Comte Arthur de Gobineau, chef de la Légation française à Téhéran " Les religions et les philosophies dans l'Asie Centrale " où il fera connaître en 1865 au public français la figure du Bab et les Babis. Puis ce fut le tour d'Ernest Renan qui publiera " les Apôtres " en 1866. Enfin, Sarah Bernhardt a demandé que le drame du martyr du Bab soit écrit et joué.

3. Baha' Ullah, une figure majestueuse et solitaire

Baha'Ullah est issu d'une noble lignée dont les origines remontent aux anciens rois de la Perse anté-islamique. Sa famille le destine aux hautes fonctions politiques, mais il préfère se consacrer à soulager la douleur des plus démunis qui lui donneront le surnom de "Père des pauvres ".
Il est emprisonné dans le " Siah Chal " de Téhéran, la " Fosse noire ", un endroit répugnant, puis exilé et à nouveau emprisonné et assigné en résidence. En 1863, il déclarera être " Celui par qui Dieu se manifestera ". A Bagdad, il rédige quelques-uns de ses écrits les plus importants : " Le livre de la Certitude " ; " Les paroles cachées " ; " Les Sept Vallées " etc..
A partir de 1867, il rédige cinq lettres envoyées personnellement au Pape, à la Reine Victoria, au Tsar et à Napoléon III. Informé des persécutions subies par les baha'is, l'Empereur ne prête pas attention à cet appel ; dans une deuxième lettre, Baha'Ullah lui prédit l'effondrement de son empire !
Les vingt cinq dernières années de sa vie se dérouleront à Saint-Jean d'Acre ; après un nouvel emprisonnement, il terminera ses jours dans une
résidence près d'Akka où il mourra en 1892. Les baha'is considèrent ce lieu comme un de leurs hauts lieux sacrés. C'est dans cette résidence qu'il a reçu le Pr. E. G. Browne de Cambridge à qui il prédit la venue d'une " paix suprême dans le monde.

4. Abd al Baha et l'avènement de la foi baha'ie en Occident

C'est grâce aux voyages effectués en Europe et en Amérique par Abd al Baha cet autre personnage, emprisonné lui-même pendant quarante ans, et libéré après la chute du Califat, que le rayonnement de la foi baha'ie amorce un tournant décisif. Abd al Baha effectuera de longs séjours à Paris où il prononcera plus de 50 conférences et rencontrera des personnalités étrangères et françaises telles que Romain Rolland et Guillaume Apollinaire.

Qu'est la religion pour les baha'is ?

Pour tenter de répondre à cette question, les baha'is se posent celle relative à la nature de l'homme dans sa complexité : être naturel ? être spirituel ? C'est conscients de sa réalité complexe qu'ils pensent que la religion est indispensable à la vie humaine. D'après, Baha'Ullah, " la religion ne doit être comprise ni comme une croyance ni comme une idéologie mais comme une relation authentique entre Dieu et l'homme d'une part " (Le Monde diplomatique juillet 1999). Par delà l'aspect individuel, la religion est également une réalité sociale ; elle modèle la vie et, en inculquant une éthique aux croyants, elle façonne la nature des relations entre les hommes.

Un des éléments de cette vision est la complémentarité nécessaire entre la connaissance religieuse et la connaissance scientifique : toute découverte et toute technique devraient chercher dans le domaine spirituel et éthique des directives pour une application appropriée.
Un autre élément, pierre angulaire des enseignements baha'is, est le respect des droits fondamentaux de la personne. Religion sans clergé, la foi baha'ie préconise la recherche indépendante et personnelle de la vérité. C'est pour cela que Baha'Ullah insiste tant sur l'importance de l'éducation et le minimum nécessaire à chacun pour devenir autonome quant à ses besoins spirituels, intellectuels, esthétiques et matériels.

Toujours en matière des droits de la personne mais aussi en matière économique et sociale les baha'is prônent une complète égalité des droits des femmes avec ceux des hommes.
Dès le siècle dernier Baha'Ullah a déclaré que la marche de l'humanité vers son unification organique était inexorable ; c'est pourquoi, à propos de la " mondialisation " il convient non de la subir mais de l'apprivoiser pour agir sur l'événement et la mettre au service de l'homme.
La religion a, dans ce sens, une mission humaniste et civilisatrice, associant la foi et la raison, inspirant les hommes du sentiment de modération en toutes choses, les engageant dans une action méthodique et rationnelle pour " sauver la planète " " civiliser la terre " (allusion faite aux expressions utilisées par E. Morin dans son livre Terre-Patrie) et accomplir l'unité du genre humain tout en préservant sa diversité.

Notes de Pierre Coulhon