Club Réalités Internationales du 16 septembre 1999


COUVERTURE DES RISQUES A L'EXPORTATION ET CRISES FINANCIERES

Exposé de François DAVID, déjeuner-débat du Club Réalités Internationales


L'exportation représente aujourd'hui à la fois une nécessité et des risques d'une certaine importance de non-paiement par des clients étrangers. Mais l'évaluation de ces risques n'a que peu à voir avec l'actuariat classique des assurances. Il s'agit d'une évaluation dynamique, dans un milieu planétaire fortement évolutif, au sein duquel conflits et crises économiques, financières, politiques ne sont pas rares. La couverture de tels risques est le domaine de la Coface, dirigée par François David. Il en explique la problématique et la stratégie.

L'objet de la Coface est essentiellement d'assurer les entreprises contre le risque de non-paiement de la part de leurs clients opérant à l'étranger.
Vis-à-vis d'un tel risque de non paiement, une entreprise peut adopter trois attitudes :

1) Etre elle-même son propre assureur. C'est assez souvent le cas des entreprises d'une certaine importance qui exportent aux Etats-Unis et dans l'Union Européenne.
2) Prendre une lettre de crédit auprès de sa banque, qui prend en charge le risque, mais cela est difficile aux PME.
3) S'assurer auprès d'une société dite d'Assurance Crédit, telle que la Coface. Lorsque la Coface assure une entreprise, elle ne le fait que pour l'ensemble de son chiffre d'affaires exportation, car elle ne peut pas prendre en charge que les mauvais risques. La prime est comprise entre 0,1% et 0,5% de ce chiffre. Cela intéresse surtout les PME avec lesquelles la Coface réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires.

Un autre cas est celui des très gros contrats de durée supérieure à trois ans, d'entreprises telles que Airbus, Arianespace, Framatome. Ces gros contrats sont soumis à l'Etat qui décide ou pas d'accorder sa propre garantie. S'il l'accorde, il en confie la gestion à la Coface qui fonctionne alors comme un prestataire de services. Cela représente pour elle un chiffre d'affaires de 500 millions de francs sur un total de 5 milliards.

La Coface couvre aujourd'hui 20 à 25% des exportations françaises.

Prochaine mise en Bourse

Créée en 1946, la Coface avait pour principaux actionnaires des compagnies d'assurances et de réassurances nationalisées. Elle se trouve aujourd'hui privatisée avec ces compagnies. De plus, 25% de son capital vont prochainement être mis en Bourse.
Cinq sociétés se partagent 80% du marché mondial de l'assurance crédit. Deux sociétés françaises sont en tête. Coface est la seconde, derrière Euler et avant l'allemande Hermes.
Pour une meilleure évaluation des risques et de leurs évolutions, les sociétés d'assurance crédit ont créé l'Union de Berne. C'est une simple instance d'échanges d'informations et de concertation. Les deux réunions annuelles sont confidentielles, il n'est pas publié de communiqué. François David en est le président.
La Coface distingue trois types de crises. Elle applique à chaque type un traitement spécifique.

· Crises de la dette, classiques

Elles se sont surtout manifestées dans les années 90
en Afrique et en Amérique Latine. Elles concernent les pays en voie de développement, qui se sont endettés pour s'équiper, en finançant leur dette par l'exportation d'un produit majoritaire, dont le cours mondial s'est effondré. Le conférencier constate que les programmes de redressement du FMI ont remis tous ces pays sur le chemin de la croissance, sauf un, le Nigéria.
Ces crises ont créé de graves difficultés à la Coface, dont le déficit cumulé (supporté par l' Etat), a atteint à un certain moment (1986-87) la somme de 150 milliards de francs. Mais la situation a été redressée. La Coface n'assure plus les exportations à destination d'un petit nombre de pays en cessation de paiement, ou sous embargo comme l'Irak.
Depuis six ans, la Coface est redevenue bénéficiaire, (de 7 millions de francs en 1998). Le déficit est progressivement résorbé. Il devrait descendre au dessous de 40 milliards de francs dans 7 à 8 ans.

· Crises des pays émergents

Elles ont concerné dans un passé récent la Turquie, et plusieurs pays d'Amérique Latine. Elles concernent plusieurs pays d'Asie de l'Est. Cela a commencé avec la Thaïlande en juillet 1997.
Le conférencier distingue dans ces crises plusieurs étapes successives de dégradation économique et financière, certains pays parvenant à stopper leur chute à certaines d'entre elles. Ces étapes successives sont :

- chute des cours de la Bourse, pour Taiwan, Thaïlande, Singapour et Hong Kong à laquelle s'ajoutent :
- hausse importante des taux d'intérêt, et baisse importante de l'activité économique,
- fuite des capitaux, dévaluation, et crise bancaire (actifs dévalorisés et renchérissement des dettes) pour Corée du Sud, Malaisie, Philippines et Brésil où le taux d'intérêt a atteint 45%. Tout cela pouvant déboucher sur une crise politique, comme ce fut le cas pour l'Indonésie. Ce pays paraît s'être enfoncé dans une longue crise, politique, sociale et financière.

Le Fmi a pu éviter le pire et remettre tous ces pays, sauf l'Indonésie, sur la voie de redressement. Le Pib de la Corée du Sud croît désormais au rythme de 8% par an, et ceux de Malaisie, Thaïlande, Singapour et Philippines, au rythme de 3%.
La crise asiatique a révélé la faible crédibilité des notations des Agences financières spécialisées.

· Crises d'origine purement politique

Elles résultent le plus souvent du passage à une économie de guerre comme dans le conflit Iran-Irak ayant entraîné des cessations de paiement.
Si on regarde le monde d'aujourd'hui, on voit trois zones. Les pays du sud est asiatique ont plongé très fort en 1998, ils retrouvent le chemin de la croissance plus vite que prévu. Ils s'en sortiront d'autant mieux que l'économie japonaise redémarrera. Du côté de l'Amérique latine, les interrogations portent sur le Brésil qui a connu un rude traitement (réal dévalué de 100%) et son redressement reste aléatoire. Enfin, troisième zone de crise : la Russie, mais son Pnb est si faible que sa faillite en termes macro économiques n'aurait pas beaucoup d'importance.

Notes de Michel Forestier