Club Réalités Internationales du 15 octobre 1999


LA RESTRUCTURATION DU MONDE BANCAIRE

Conférence d'Etienne Pflimlin, président du Crédit Mutuel

Le monde bancaire s'est engagé dans une importante évolution qui concerne tous ses aspects : structures des sociétés bancaires, avec les fusions ; services offerts à la clientèle, modernisés, diversifiés et nouveaux ; métiers de la banque, en mutation ; nouvelles technologies de traitement des opérations bancaires ; concurrence revêtant des formes jusque là inconnues. Dans ce flux agité de nombreux remous, Etienne Pflimlin nous a montré que le Crédit Mutuel qu'il préside parvenait à maintenir une bonne allure de croisière, en évitant les principaux écueils.

Le Crédit Mutuel a une structure fédérale. Il a des clients ordinaires et des clients actionnaires, appelés sociétaires, qui versent une modeste cotisation lors de leur entrée (100 francs aujourd'hui). Chaque agence locale est gérée par un Conseil de bénévoles.

Le statut général des banques est le même pour toutes. La seule différence légale pratique est que les banques coopératives sont protégées contre les OPA. Mais une autre différence réside dans la culture d'entreprise. Cela se voit dans les services rendus aux clients, dont par exemple la proportion de surendettés est trois fois moindre que dans les autres banques. Cela se voit aussi sur un plan global dans le souci du rôle joué par le CM au sein de la société.

L'expansion du Crédit Mutuel

Le Crédit Mutuel a 8,6 millions de clients. Ses fonds propres sont de 50 Milliards de F. dont 20 apportés par les sociétaires, et 30 de réserves impartageables, accumulées au fil des années. Sa rentabilité de 8%. Le CIC a des chiffres comparables.
Le Crédit Mutuel a racheté le CIC en 1998 pour 16 Milliards de F. soit le tiers de ses fonds propres. L'ensemble forme le cinquième réseau bancaire de France. Ces deux banques bénéficient de similitudes : même taille, structures régionales, services aux particuliers. Elles bénéficient aussi de complémentarités : statut coopératif pour l'une et capitaliste pour l'autre ; vocation exclusivement nationale pour l'une, ouverture sur l'international pour l'autre. Le Crédit Mutuel va-t-il en profiter pour traverser les frontières ? La réponse est probablement oui, mais cela se fera plutôt par alliances et partenariats, que par fusion-acquisitions, très chères.

Le mouvement de concentration qui se développe dans le monde bancaire est parti des Etats-Unis, et de là a gagné tous les pays industrialisés. Il est à noter que la plupart des fusions se font dans un cadre national, et que les deux tiers d'entre elles sont des échecs, par suite d'insuffisances de vues stratégiques, malgré des économies d'échelle. Les cultures d'entreprises sont peu miscibles et les restructurations sont lentes. Par contre les fusions d'une banque et d'une compagnie d'assurance se révèlent plus fructueuses.
Aujourd'hui, les mégafusions sont remises en cause. La taille n'apparaît plus comme un avantage décisif, ni dans la compétition internationale, ni dans les économies d'échelle qui finissent part plafonner. La tendance est plutôt à la création de filiales communes spécialisées.
Le paysage bancaire français a beaucoup évolué récemment, avec la privatisation du Crédit Lyonnais, le changement de statut des Caisses d'Epargne, la fusion
CM-CIC, et la récente fusion Paribas-BNP, la Société Générale conservant son indépendance, grâce à l'appui apporté par les cadres à leur PDG. Pour ce dernier cas, il convient d'observer qu'il s'agit de la première opération à caractère hostile dans le monde bancaire français.

Une place honorable de la France

Dans le paysage bancaire mondial, la France occupe une place honorable.
L'environnement commercial évolue de façon importante, de nouvelles formes de concurrence se font jour. Elles résultent bien sûr des fusions, mais aussi du développement des banques à distance et des banques virtuelles. Le coût de leurs opérations est de 15 à 20% inférieur à ceux des banques classiques. Il faut encore rappeler la loi bancaire française de 1984, qui imposent des règles communes à toutes les banques, qu'elles soient d'affaires, d'investissement, ou vouées aux services des particuliers.

De nouveaux produits bancaires, toujours plus ingénieux, sont offerts, mais leur avantage est de courte durée car il n'est pas possible de les breveter.
De plus, l'aire d'intervention de chaque banque s'est sensiblement accrue. Chacune est amenée à aborder divers marchés étrangers, dont certains appellent une grande prudence. Avec le passage à l'euro, la limite raisonnable d'une opération bancaire a changé d'échelle, elle est passée de un milliard de francs à un milliard d'euros.
Les opérations bancaires utilisent de plus en plus des technologies de pointe, qui appellent investissements lourds, formation et adaptation du personnel et souvent de la clientèle. La France a une avance dans le domaine de la monéterie. La mobilité de tous les acteurs, clients et personnels s'est accrue.

Les défis à relever

Le maintien d'un niveau suffisant de rentabilité est devenu plus difficile. Le ROE, ou retour sur fonds propres, a été réduit de moitié ces dernières années. Les commissions perçues sur les opérations bancaires sont trop faibles, notamment en France, et vont encore être réduite avec le passage à l'euro, qui coûtera par lui-même plusieurs dizaines de milliards de francs aux banques françaises. Toutefois, la mise en œuvre des nouvelles technologies a permis jusqu'à présent de maintenir un niveau honorable de rentabilité.
L'avenir de l'activité bancaire ne paraît pas mauvais mais plusieurs défis sont à relever : concurrence des marchés financiers ; poursuite de la mise en œuvre des nouvelles technologies de la communication ; développement de nouvelles activités commerciales telles que conseils juridiques ou ventes à distance ; unification des règles bancaires de l'Union Européenne ; coopération avec les banques des pays de l'est européen, qui ne sera guère possible qu'après leur avoir apporté le savoir faire nécessaire, et après mise en place de régulations bancaires efficaces par les Etats.
Les vrais atouts d'une banque demeurent sa capacité d'expertise et la qualité et la continuité de son dialogue avec le client.
Etienne Pflimlin a ce mot : "La banque a toujours été et restera le deuxième plus vieux métier du monde".

Notes de Michel Forestier