Voyage au Mexique du 22 mars au 6 avril 1998



IMPRESSIONS DE VOYAGE AU MEXIQUE


Le Mexique nous a laissé l'impression d'un pays dur et plein de contrastes : hauts plateaux déserts et végétation tropicale dans les plaines basses, villes en altitude et plages sur l'océan, industrie développée et agriculture archaïque, bâtiments très modernes et villages pauvres sans caractère, foi populaire vivante et fortes traditions anticléricales, direction du pays par des descendants d'Espagnols et culte des civilisations pré-hispaniques, grande réserve vis à vis des Anglo-américains.

Les visites

Nous avons visité Mexico, agglutination de villes, hispaniques, modernes, misérables ou luxueuses, avec des enfants des rues et une circulation automobiles intense. Sur la grande place (zocalo) la cathédrale, ruinée par les séismes, présente des statues vénérées.
Nous avons visité le grand domaine de Notre Dame de Guadalupe, avec des églises, un beau parc, des statues, l'ancienne basilique chancelante et la nouvelle, où la cape portant l'image de Notre Dame de Guadalupe est offerte à la vénération des fidèles qui défilent sur des tapis roulants. Nous avons ressenti l'importance des civilisations pré-hispaniques dans le Mexique d'aujourd'hui en visitant la Place des trois Cultures (indienne, espagnole, mexicaine) et les collections du splendide Musée Anthropologique,

Au Musée National, nous avons relu l'histoire mexicaine depuis la conquête espagnole, avec ses révoltes, ses luttes sociales, la grande figure du Président indien Benito Juarez, qui, en 1857, a signé la séparation de l'Eglise et de l'Etat et une nouvelle constitution, selon laquelle aucun élu ne peut être réélu immédiatement, ce qui renouvelle les responsables.
Les murs du Palais du Président de la République sont couverts de fresques de Diego Ribera, représentant la grandeur des civilisations indiennes, la cruauté et l'avidité des conquérants espagnols, et glorifiant les guerres d'indépendance et de révolution.

Les sites archéologiques et paysages

Ils présentent d'immenses arrangements géométriques d'escaliers monumentaux et raides et de pyramides à degrés. Les monuments mayas sont particulièrement remarquables. Nous avons été impressionnés par les terrains de jeu de pelote, où le vainqueur avait l'honneur d'être sacrifié aux dieux. Les dimensions et l'étendue des constructions pré-hispaniques sont imposantes, et on se demande pourquoi la plupart de ces sites étaient abandonnés avant même l'arrivée des Espagnols.
La diversité des paysages mexicains est extrême, depuis le haut plateau sec où poussent les grands cactus cierges et chandeliers, jusqu'aux plaines tropicales, en passant par les crêtes montagneuses. L'immense canon de Sumidoro et les pittoresques cascades d'Ague Azul sont des sites exceptionnels.

Nous avons séjourné dans des villes coloniales, où les missionnaires espagnols ont construit d'imposantes églises. Les couleurs et la musique sont partout présentes. La grande place (zocalo) de chaque ville est très animée le soir, avec kiosque à musique, vendeurs de ballons multicolores et petits marchands. Les enfants font l'objet de beaucoup de soin et d'attention ; nous avons rencontré dans les musées de nombreux groupes d'enfants attentifs en uniformes de leurs écoles. La présentation de jeunes enfants à l'église est occasion de fête, tout comme la célébration des quinze ans des jeunes filles.

L'insécurité est grande dans tout le pays et surtout dans la capitale, les attentats politiques et les actes de banditisme ne sont pas rares. Dans le métro, il existe des zones réservées aux femmes seules, sur les quais et dans les rames.Le danger permanent des séismes est souligné par les affiches dans les lieux publics, donnant des consignes en cas d'alerte. Le danger des éruptions volcaniques fait l'objet d'une signalisation spéciale.

Nos rencontres avec des hommes politiques mexicains de haut niveau, à Mexico à l'Assemblée nationale (secrétaire général du PRI et président de la Commission des Affaires Etrangères) et à Oaxaca, nous ont montré un pays en marche vers la démocratie. Le PRI, qui a dirigé l'Etat et l'économie depuis 70 ans, est en train de perdre son monopole. Deux autres partis, le PAN (libéral) et le PRD (de gauche) interviennent dans la politique locale, sont bien représentés au Parlement grâce à une modification de la loi électorale, et attendent de présenter leurs candidats aux élections présidentielles de l'an 2000.

Nous avons vu des Indiens, vendant leurs produits sur les marchés, proposant des souvenirs, ou mendiant dans les villes. Nous n'avons malheureusement pas eu l'occasion de discuter avec eux, mais ce qui nous en a été dit les placent dans une condition sociale et économique défavorisée. Comment analyser la révolte zapatiste dans le Chiapas ? B. de la Grange nous a présenté ses certitudes, accumulées dans son livre "Marcos ou la géniale imposture", sans convaincre notre groupe.

A San Cristobal de Las Casas, un séminariste et la responsable de Caritas nous ont fait comprendre la valeur de l'action apostolique et caritative de Mgr Samuel Ruiz, qui a formé 7860 catéchistes (à 80% des hommes) pour aider ses fidèles, et en particulier les Indiens, à vivre leur foi et comprendre leur situation. mais d'après d'autres sources, le soutien de l'ensemble des évêques mexicains à l'action politique de Mgr Ruiz n'est pas aussi total que nous le disait son séminariste.


L'économie mexicaine est étroitement dépendante de celle de son puissant voisin du nord. 80% des échanges commerciaux du Mexique se font avec les USA. L'instauration du marché libre de l'ALENA a incité les Anglo-américains à créer des usines de montage au sud du Rio Grande, qui rendent compétitives leurs entreprises et font travailler une main-d'oeuvre bon marché. Les échanges commerciaux avec la France ne réprésentent que 1%, mais l'influence culturelle française n'est pas négligeable, comme nous l'a exposé l'Ambassadeur de France, M. Bruno Delaye qui a souligné que la France est, pour les Mexicains, la porte de l'Europe.

Michel et Odile Kavyrchine