DEJEUNER-DEBAT du 21 octobre 1998


PETROLE ET GAZ AU MOYEN-ORIENT ET EN ASIE CENTRALE

Exposé de Thierry Desmarest, Président de Total


Le choc pétrolier survenu il y a un quart de siècle (un relèvement brutal après une longue et profonde baisse des prix) n’a en rien provoqué le déclin du pétrole et du gaz. Les réserves connues comme la demande mondiale n’ont cessé de progresser et l’optimisme demeure en dépit des Cassandre. Il y a trente ans, on estimait à trente et quarante ans les réserves du pétrole et du gaz et aujourd’hui, en dépit de la progression incessante de la consommation, on les évalue respectivement à quarante et soixante ans !

La bonne fortune du pétrole-gaz

Un effort énorme d’efficacité générale et de réduction des coûts permet un niveau de prix antérieur à celui de 1973 sans crise majeure (13 à 15 dollars le baril) et, le développement d’ici à 2005, sera de 6 à 7% l’an avec une « bonne profitabilité ». Cette source d’énergie couvre 60% de la demande mondiale d’énergie (pétrole 40%, gaz 20 à 24%), dans un contexte de croissance de 3 à 3,5% l’an, et des « gains d’efficacité énergétique » de 2 à 2,5% l’an pour le pétrole et 3 à 4% pour le gaz. Bien évidemment, les lieux de croissance sont inégalement répartis : « les pays neufs », malgré les risques politiques, sont les mieux servis tant en raison de leur géologie que des commodités de l’exploitation. Le conférencier donne en exemple la Californie où les réglementations sont telles que les compagnies ne pourraient s’y maintenir, en dépit des progrès en matière de lutte contre la pollution.
Pour autant, l’industrie des hydrocarbures soutient un effort élevé de recherche pour la réduction de ses déchets. Ainsi, autour de l’an 2000, le plomb aura disparu, le soufre, vers 2005, sera divisé par 10 et l’on continuera à traquer les centièmes. Après le chauffage « le problème de la pollution d’été sera bientôt réglé », quoiqu’il serait moins cher pour la collectivité d’éliminer les véhicules anciens. Dans ce contexte d’optimisme, la Compagnie Total a le vent en poupe.

Total, un développement stratégique

Depuis les années 90, Total connaît un « développement spectaculaire ». Ainsi, et bien que Elf n’ait pas démérité, la capitalisation boursière de la société est passée, de 40%, à un niveau comparable de son grand rival. Total a connu une croissance très forte avec des gains de productivité concomitants. Faut-il pour autant fusionner Total avec d’autres sociétés, comme certains le suggèrent ? Le conférencier excipant de ce que « 50% des méga-fusions sont des échecs », ne le pense pas. Il s’agirait d’un risque trop important, désorganisant l’entreprise et n’apportant pas d’opportunités meilleures à des résultats déjà très remarquables.

Sur le plan extérieur, Total entend se tenir à l’écart des débats politiques, mais ne pas hésiter à prendre les risques lorsque l’enjeu technique en vaut la peine. De la sorte, la Compagnie a évité les compromis où ses confrères se sont parfois enlisés et en faisant les bons choix, elle atteste d’un développement double de celui de la concurrence (7% au lieu de 3 ou 4%).

L’intervention en Iran montre aussi une audace stratégique assez exceptionnelle, assortie en coulisse de négociations préparatoires ou d’appuis auprès des autorités françaises, intervention soldée par un succès en dépit des répugnances américaines. Est-ce à dire que Total et l’Etat ne font qu’un ? Il n’en est rien : la Compagnie qui entretient d’excellentes relations avec le Ministère français des Affaires Etrangères, verra la tutelle de l’Etat disparaître en 2000, gagnant la maîtrise encore disputée de la désignation de ses dirigeants.

Un cas d’école en zone Caspienne

On sait que les deux tiers des réserves mondiales d’hydrocarbures sont au Moyen-Orient avec en tête l’Arabie Saoudite pour 25% (pour le gaz, un tiers des réserves avec en tête l’Iran). Après le retrait soviétique, une nouvelle configuration se présente autour de la mer Caspienne, zone connue classiquement par l’exploitation de Bakou. Elle concerne l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan. Dans cette zone « on n’est pas sur un nouveau Moyen-Orient » puisqu’on n’y décèle que 3% des réserves mondiales de pétrole. Mais la recherche , en plein essor, laisse espérer un quasi doublement de la ressource potentielle (Mer du Nord, 3%). Pour le gaz, il existe un potentiel considérable : 5% connus, 10% des réserves mondiales probables (Kazakhstan en tête, puis l’Azerbaïdjan). Le niveau des productions « en huile » doit passer de 800.000 à 3 millions de barils/jour en 2010 avec une montée très rapide, surclassant le Koweit (2 millions de barils/jour).

Toutefois le dilemme de telles productions est leur évacuation, alors qu’on traverse des régions instables, rivales et où certains entretiennent l’agitation (Russes en Georgie, Tchétchènes au nord, etc..). Plusieurs voies sont en concurrence : Bakou - Georgie et Georgie-Turquie, réseau iranien vers la zone asiatique, et la Chine à travers le Kazakhstan (5000 Kms à hauts risques !). Les opérateurs sont assez confiants - sauf pour cette dernière voie - en ce qui concerne le pétrole, mais pessimistes pour ce qui est du gaz (malgré son abondance) en raison du climat d’hostilité actuel. Le gaz pose des problèmes élevés de sécurité. Au cœur des préoccupations des pétroliers, cette sécurité vient en premier dans les négociations avec les Etats. L’exploitation supposait enfin une délimitation des zones à l’intérieur de la Caspienne, c’est-à-dire le partage en zones nationales et en zone internationale. Les compagnies ont obtenu un accord général : les bords de la mer Caspienne sont doublés par une ligne équidistante avec, à l’intérieur, la zone internationale non sans quelques « joyeusetés » dans les négociations...

Total, une compagnie sûre d’elle-même

Qu’il s’agisse des négociations inédites avec l’Iran, le refus de créer une raffinerie au Vietnam en un lieu absurde, les dénégations argumentées des accusations d’inhumanité et de travail des enfants en Birmanie ou encore qu’il s’agisse de recherches avec l’EDF en énergie photo-voltaïque pour l’Afrique, ou la mise au point d’un - coûteux - carburant avec les agriculteurs, on voit que Total affirme, avec souplesse, clarté et discernement une politique diversifiée dont on aimerait qu’elle serve d’exemple à beaucoup....

Notes d’Henri Douard, non revues par le Conférencier