Conférence du 10 février 1998



LES METAMORPHOSES DE HONG-KONG
Conférence-débat de Dorian MALOVIC.


Un petit village de pêcheurs devenu cité-Etat de 1000 Km², avec plus de 6,3 millions d'habitants deuxième port mondial de conteneurs, deuxième Bourse asiatique, premier aéroport de fret. Ses atouts: encadrement bien accepté, stabilité politique. Colonie britannique, peuplée à 98% de Chinois, Hong-Kong évoque "New-york en Asie" (architecture, activité, certains traits de vie).

XIXè siècle : l'entrée des puissances étrangères en Chine.

Le Royaume-Uni recherchait en Chine un entrepôt permettant notamment le commerce de l'opium (venant des Indes). La "guerre de l'opium" aboutit en 1842 au traité de Nankin, lui accordant l'île de Victoria. S'y ajoutent en 1860 la péninsule de Kowloon, puis de "nouveaux territoires" en 1898 par la deuxième convention de Pékin, qui accorde aux Britanniques un bail de 99 ans pour cet ensemble. Des fortunes britanniques se constituent dès le XIXème siècle, à l'origine de groupes actuels comme Jardine Matheson (finance) ou Swire (finance + immobilier + compagnies aériennes, cf. Cathay Pacific).
Jusqu'en 1949, Hong-Kong apparaît comme une ville provinciale plutôt calme, vouée au commerce et aux services financiers. Comme Macao, elle sert de refuge aux opposants jusqu'en 1911; elle attire ensuite en tant qu'Etat de droit, face au chaos dans lequel s'englue la Chine.

1949 : afflux de réfugiés et dynamisme économique.

C'est le début de la fortune de Hong-Kong, qui passe de 2 à 3 millions d'habitants entre 1950 et 1960. Jusque-là, Shanghai concentrait l'essentiel des activités (industrie textile, poteries...sous impulsion américaine); or, MAO confisque tous ces biens et équipements. S'ensuit un véritable exode d'industriels avec argent, machines et savoir-faire, qui s'ajoutent aux paysans ou fonctionnaires fuyant le régime communiste. Cette population est prête à se battre, à endurer des conditions d'hébergement précaires. L'industrie s'installe. Des vagues de réfugiés se succèdent, au moment des Cent Fleurs, du Grand Bond, de la Révolution culturelle. Hong-Kong enchaîne d'énormes programmes de grand travaux au cours des années 1960, une occasion de faire fortune dans l'immobilier pour les familles chinoises disposant de capitaux.

Année 1970, nouveau tournant. Hong-Kong est devenu lieu de détente pour les troupes américaines engagées au Vietnam, et l'industrie s'oriente vers l'exportation (Amérique du Nord et Europe). La cité est désormais couverte d'usines et de bureaux, puis d'écoles (le souci de former la population active rencontre l'adhésion des familles, qui économisent en vue de la scolarité des enfants). L'usine-type est l'immeuble de 25 étages, particulièrement à Kowloon, chaque étage abritant plusieurs ateliers. La diversification de l'industrie est rapide: objets en plastique, textile; puis jouets, électronique, radios, montres...devant la concurrence de voisins comme Taiwan. Vers la fin des années 1970, l'usine Hong-Kong est en train de stagner en raison de coûts de production élevés.

L'ouverture économique annoncée par DENG est une aubaine: les Chinois de Hong-Kong ont maintenu des liens avec leur province d'origine (visites familiales et cadeaux étaient autorisés). Ils sont les premiers à investir (70% des investissements aujourd'hui) ils apportent leur savoir faire. Au cours des années 1980, ils construisent des usines dans toute la province du Guangdong: ces délocalisations représentent 5 à 6 millions d'emplois industriels.

Hong-Kong redevient un entrepôt.

Hong-Kong redevient alors un entrepôt, et les services occupent 78% des actifs. Ses sociétés servent d'intermédiaires pour des filiales implantées sur le continent, ou pour des sociétés chinoises. Les salaires sont équivalents à ceux des grands pays du Nord, le niveau de vie est élevé (23600$/ habitant, plus qu'en France) ; il est vrai que la vie est chère. Parallèlement, les mentalités évoluent (très visible ces dernières années) : la société fait leur place aux loisirs et au souci de confort, agences de voyage et boutiques se multiplient. Une démocratisation de la vie politique s'est amorcée en 1991 (législatives partielles), la presse est libre.

La rétrocession : "région administrative spéciale".

Les négociations se sont ouvertes en 1982, une Déclaration sino-britannique (1984) stipulant le retour à la Chine au premier juillet 1997, sans contrepartie. Une loi fondamentale, entérinée en 1991 par le Parlement de Pékin, prévoit l'élection progressive de tous les députés. La rétrocession a été préparée par le gouverneur Chris Patten (1992), ami personnel de John Major.

Les événements de 1989 ont-ils eu beaucoup d'effets ? Certes, resurgirent les cauchemars des réfugiés ; et depuis, un exode des cerveaux (60 000 par an) a profité aux Etats-Unis, Canada, Australie où les jeunes accomplissent traditionnellement leurs études universitaires. Les cadres de haut niveau acceptant de rester sur place se voient distribuer des passeports par les grandes entreprises étrangères, y compris françaises(ex : Sanofi, Paribas). La rétrocession de 1997 n'a pas été suivie de répression ou de censure marquée pour l'instant. Des élections sont prévues pour mai 1998. Hong-Kong a surtout souffert de la chute du tourisme ..mais aussi de la "grippe du poulet" et de la pollution touchant le poisson, bases de l'alimentation! Les habitants remarquent la baisse des prix dans l'immobilier (ils étaient "insensés") et un certain laisser-aller dans l'entretien des rues.

Hong-Kong semble avoir échappé quelque peu aux aspects négatifs de la croissance "à l'asiatique", pointés un peu partout à l'occasion de la crise financière actuelle. Certes les affaires y sont concentrées entre les mains de quelques familles de tycoons, mais des instruments de contrôle existaient et la corruption n'a pas été érigée en système.

Notes de Liliane-Edith Kaercher.

Voir "Hong-Kong, un destin chinois" par Dorian Malovic et Marina Dyja. Bayard Editions.