Conférence du xx avril 1998



LA MAÎTRISE DES ARMEMENTS ET L'UNION EUROPÉENNE
Extrait d'une étude présentée par le général Charles Mainguy, membre d'Alerte aux réalités internationales
et le groupe Athena de réflexion sur les problèmes européens.


Un regard sur les progrès accumulés depuis seulement dix ans montre que des textes astreignants engagent des Etats signataires en grand nombre à renoncer aux armes nucléaires, chimiques et biologiques, dans des conditions plus exigeantes qu'auparavant. Ils font aussi apparaître que l'action générale en faveur du désarmement possède une dynamique qui, comme toute entreprise diplomatique, enregistre un acquis et peut favoriser un progrès ultérieur. Ainsi la grande supériorité des derniers traités sur les précédents est qu'ils sont pour la plupart accompagnés de mesures de confiance et de contrôle . Des mesures discriminatoires sont prévues pour les Etats réfractaires. De moins en moins nombreux, les récalcitrants sont soumis à une pression diplomatique et économique plus forte,en particulier de la part des Etats-Unis. Ce constat sur l'évolution favorable des relations internationales dans le domaine des armements, confirmés par les discussions en cours sur les mines antipersonnel, comporte cependant un pari sur l'avenir. L'application des accords a en effet donné lieu à des interprétations assez larges des textes. Avant l'entrée en vigueur du traité sur les Forces Conventionnelles en Europe (CFE), l'ex-URSS a transféré 75 000 armements majeurs au-delà de l'Oural, hors zone d'application du traité. On peut aussi s'étonner que les 350 000 hommes des forces paramilitaires russes ne soient pas concernées par le Traité.Les accords russo-américains START laissent en Russie un stock d'armes nucléaires tactiques à courte portée dont le nombre varie selon les auteurs de 13 000 à 27 000.

Des difficultés techniques et financières.

Il apparaît que le risque majeur pour l'avenir du désarmement tient à l'application plus ou moins effective des mesures de contrôle et à leur efficacité. S'il est relativement facile de repérer le développement d'une industrie nucléaire militaire, le contrôle en matière de développement d'un armement chimique et plus encore la détection d'un arsenal chimique, sont plus difficiles. Quant aux armes biologiques, les experts conviennent que la modestie des moyens techniques nécessaires à leur développement et à leur production, rend leur détection très difficile, justement dans le cas d'un Etat résolu à cacher cette activité. Or il est faux de dire que les armes biologiques sont peu d'usage militaire.

Si l'on admet que le but d'une opération militaire est d'amener l'adversaire à se plier à la volonté de l'autre, la menace et l'emploi à distance de ces armes redoutées peuvent peser efficacement sur la décision d'un gouvernement notamment dans les pays démocratiques. A la difficulté technique d'un contrôle offrant les garanties indispensables au succès des traités de désarmement, même dans un Etat signataire, s'ajoute le coût des opérations de vérification et de désarmement, dont le financement ne peut venir que des nations les plus nanties et technologiquement les plus développées La vérification de l'interdiction complète des essais nucléaires, dont l'entrée en vigueur est retardée par le veto de l'Inde, doit comporter, outre les moyens de reconnaissance déjà en service, l'installation de 321 stations couvrant l'ensemble des systèmes de détection sismiques, hydroacoustiques, infrasonores et de variation des taux de particules radioactives.

Seize laboratoires y participeront ainsi que les personnels spécialisés chargés des inspections. Détecteront-ils les explosions de l'ordre de la kilotonne que les Américains avaient demandé d'exclure du traité ? Chaque année, une centaine de milliers de phénomènes sismiques naturels provoquent des effets comparables à l'explosion de ces armes de faible puissance. En mai 1996, l'aide américaine au démantèlement de 1900 armes nucléaires soviétiques avait déjà coùté 1,5 milliards de dollars aux contribuables américains. Les Russes estiment le coùt de la destruction de leur arsenal chimique à 3 milliards de dollars et n'ont pas encore utilisé à cette fin l'argent qu'il ont déjà reçu (8/97). Plusieurs expériences récentes montrent que même les Etats-Unis ne peuvent résister à la tentation de vendre des équipements militaires de haute technologie à certains pays, à partir du moment où un concurrent étranger est sur le point de prendre leur place. Dans la conjoncture difficile que traversent les industries d'armement, l'exportation est une nécessité vitale pour elles, comme pour les nations soucieuses de leur indépendance (...)

Un défi pour l'Europe

Ces obstacles dressés sur le chemin du désarmement montrent combien il est essentiel pour l'avenir que les Etats signataires fassent preuve de la plus grande rigueur dans l'exécution du contôle de l'application des engagements déjà pris.Si les doutes concernant l'efficacité des mesures prévues et le comportement de certains pays proliférants se révélaient plus menaçants, le résultat pourrait être une situation plus préoccupante qu'avant la conclusion des traités et l'abandon de facto du désarmement. Des pays comme le nôtre en particulier pourraient alors se trouver plus démunis en moyens militaires de retorsion. Or, les Etats membres de l'Union Européenne et de l'OTAN sont signataires des traités concernant la maîtrise des armements, (à l'exclusion des accords nucléaires START). Tous à l'exception de la Grèce et de la Turquie, réduisent leurs arsenaux bien en-dessous des plafonds autorisés.L'existence d'un intérêt commun puissant devrait faciliter une démarche commune plus vigoureuse et plus organisée en faveur d'une meilleure maîtrise des armements au niveau mondial. Le Traité d'Amsterdam a montré combien les membres de l'Union Européenne étaient encore éloignés d'une politique de défense commune. Mais la convergence des intérêts, y compris ceux des nations neutres, en matière de maîtrise des armements, devraient stimuler l'élaboration d'une politique commune en matière de désarmement . Nous pensons qu'il serait hautement souhaitable d'obtenir que le Conseil Européen désigne une personnalité, chargée de formuler dans ce domaine des propositions concrètes.