Conférence du 5 février 1998



LA REVOLUTION DE L'EURO
Exposé de Jean Boissonnat, ancien membre du Conseil de politique monétaire


Il y a une certitude, la monnaie unique va se faire le 1er janvier 1999, mais il y a une incertitude, réussira-t-elle? Pour répondre à cette interrogation il est nécessaire de faire un retour sur l'histoire de notre vieux continent et se souvenir que toutes les tentatives, visant, au 19ème siècle et au début du 20ème, à réunir des pays si souvent divisés, ont échoué. A cette époque, les Etats nationaux apparaissent comme la forme achevée de l'organisation des peuples, et l'on ne pouvait imaginer construction qui ne soit entre les mains des gouvernements nationaux. Et puis, plus récemment, quelques rares hommes, tel Jean Monnet, ont compris qu'il fallait faire le détour par l'économie, la politique ayant toujours échoué, pour que les peuples découvrent la possibilité de vivre ensemble et construire des institutions spécifiques pour gérer leurs intérêts communs. Et cela après deux guerres mondiales.

Moment stratégique

L'histoire qui a suivi est connue, passant par la réussite du plan Schuman et l'échec de la communauté européenne de défense, pour arriver au Marché commun, au Marché unique, progressivement à partir de 1970, à l'idée de monnaie unique. Les dégâts provoqués en 1992 par la série de dévaluations touchant la lire italienne, la peseta et la livre sterling a convaincu les Etats des menaces portant sur ce marché unique si une monnaie unique ne venait pas le pérenniser. Ce faisant, ils posaient aussi les fondements de ce qui pourra devenir une union politique. On peut ainsi avoir la certitude que l'on se trouve à un moment stratégique de notre avenir, certitude, rare s'il en est, de savoir que ce que l'on va faire, bien ou mal, dans les toutes prochaines années, engagera le destin des peuples européens pour au moins un siècle.

En apparence la monnaie unique est un phénomène technique, monétaire, en réalité il va se passer quelque chose de plus profond, qui engage l'avenir et qui est de caractère politique et culturel. Après avoir décrit le programme en cours et les raisons économiques plaidant en faveur de la monnaie unique, (pérenniser le marché unique, stimuler la créativité et l'innovation des entreprises, faire baisser les taux d'intérêt, maintenir la convergence des économies, faire contrepoids au dollar et réduire la sensibilité des économies européennes aux variations monétaires, tous éléments pouvant contribuer à lutter efficacement contre le chômage), Jean Boissonnat a développé ses réflexions politiques, en soulignant que la réussite de la monnaie unique impliquait de convaincre les populations de la nécessité des profondes modifications que cela allait entraîner dans leur vie quotidienne. D'autant plus que, si l'euro vient de loin, l'euro va loin.

Deux changements

La monnaie unique va entraîner au-delà des aspects techniques, deux changements fondamentaux :

Nouvelle entité à inventer

Cela va permettre d'envisager, enfin, avec les peuples la constitution d'une nouvelle entité politique sur notre vieux continent.
Cette nouvelle entité devra nous permettre de faire face à trois problèmes non résolus :

Il reste donc beaucoup à faire pour mettre en place une entité européenne qui ne fera pas disparaître les Etats nationaux. Nous ne construirons pas une structure fédérale qui reproduira les schémas existants. Nous devons inventer quelque chose de différent. Les Européens ont inventé avec la monnaie unique un modèle sans précédent dans l'histoire. Ils devront de la même façon inventer un fédéralisme d'une nouvelle génération.
Dans cette perspective les gouvernements vont avoir la lourde responsabilité de mettre en chantier la construction d'une structure fédérale originale dotée d'un véritable gouvernement avec des règles de fonctionnement démocratique définis dans une construction européenne qui n'existe pas aujourd'hui.

Résumé de Francis Drong, non revu par le Conférencier