DEJEUNER-DEBAT du 3 juillet 1997


LES SYNDICATS SONT-ILS CONDAMNES A RESTER NATIONAUX ?
Exposé de Jean-François TROGRLIC, Secrétaire National de la CFDT. Déjeuner-débat du 3 Juillet 1997


La question posée est ambiguë : être "condamné" résulterait d'une contrainte liée à la nature même d'un syndicat de travailleurs qui ne peut opérer qu'au sein de son entreprise ou de la nation (grève nationale par exemple) ; la question a un autre sens lié à un problème de volonté : le syndicat ne pourrait et ne voudrait aller au delà d'un cadre national dans son organisation institutionnelle. A ces deux questions, le conférencier répond clairement : la CFDT a toujours entendu agir dans le cadre le plus large, sa culture a toujours été l'ouverture et la relativité, les facteurs internationaux sont préalables et s'intègrent à sa stratégie.
Ainsi le passé récent démontre cette préoccupation : "partie prenante du mouvement ouvrier international " la CFDT a lutté en faveur de solutions pacifiques dans les conflits de la guerre froide, elle a joué un rôle important dans l'histoire de la décolonisation, aidé l'Union générale des travailleurs algériens, agi pour le droit d'association des immigrés (1981), leur formation professionnelle, leur accès à la fonction publique et à la citoyenneté, etc. Par exemple encore, elle avait créé un service d'accueil pour les réfugiés de l'Allemagne de l'est.

En Europe sous le sigle CFTC, la coopération franco-allemande s'était instaurée dès le traité de la CECA. C'est dire le profond accord ayant existé dès l'origine avec "la logique de la construction européenne" qu'il s'agisse du marché commun et des accords en vue de l'union politique. La "Confédération européenne des syndicats" à laquelle adhère la CFDT joue un rôle essentiel dans la dynamique du projet démocratique européen. Plus largement la CFDT cotise à "l'Institut international de coopération syndicale", en faveur des pays d'Europe centrale et orientale ou d'Amérique latine.

La mondialisation : chiche !

La période actuelle voit la CFDT se situer dans le droit fil du passé, mais des questions nouvelles et assez ardues se posent relatives à la mondialisation et à l'Europe.
"On ne veut pas diaboliser la notion de mondialisation...nous savons qu'elle est aussi porteuse de bonnes nouvelles et que les peuples assis à la table du développement connaissent plus de démocratie et plus de liberté". Ainsi de la Corée où de vives tensions fondées sur des aspirations fortes ont fini par faire admettre un vrai droit syndical. La mondialisation a des aspects spécifiques d'ordre économique, social, culturel que l'OCDE a fini par reconnaître.

Nous devons nous plier à la réalité des finances mondiales, des sociétés internationales, des communications planétaires, le Droit lui-même tend à se "désétatiser" pour devenir européen ou international. ( Il serait facile de se défausser sur ce Droit-là pour ne pas accomplir des réformes indispensables, rappelle le conférencier citant le Premier Ministre). Face à la réalité mondiale devant laquelle "l'émiettement syndical est angoissant" nous voyons deux mouvements antagonistes d'interdépendance croissante de fait et de rèpli identitaire "avec sa réponse populiste", car ce monde est à la fois" plus intégré et désordonné, plus ouvert et instable, plus informé et imprévisible"...". Il y a en France un malaise spécifique car les notions courantes de souveraineté nationale, de Colbertisme, d'identité républicaine, et la faiblesse des corps intermédiaires...préparent mal à l'ouverture aux questions internationales."

Un syndicat tel que la CFDT a le devoir d'éclairer sur les enjeux partout où il peut se manifester. Sa position est ni négative, ni pessimiste et encore moins utopique mais se fonde sur l'analyse de la réalité et la conviction qu'il existe des solutions à tous les niveaux. Ainsi, le sommet d'Amsterdam n'est pas l'échec qu'on a affirmé partialement mais une première tentative pour soumettre à la décision des Etats des problèmes de société contre l'omnipotence de la finance et des multinationales. Le sommet de Luxembourg à l'automne permettra des progrès...

Le second "théâtre" d'action de la CFDT est naturellement l'Europe, "espace démocratique où les gens se ressemblent". On y distinguera "quatre moteurs pour aller plus loin". Ainsi, le Droit social Européen, mis sur la sellette à Vilvorde a été redécouvert tardivement. On n'a appliqué ni les règles de licenciement collectif ni l'obligation de consultation et les juges ont donné raison aux syndicats qui s'en sont prévalu à juste titre."Oui le droit existe en Europe!" Le chapitre social discuté à Amsterdam a reconnu aux organisations syndicales le droit de discuter au niveau européen. Les vrais difficultés tiennent à la rencontre des conceptions anglo saxonnes et continentales, mais les "droits sociaux fondamentaux " ont été reconnus.

En second lieu, le dialogue social européen vivement encouragé par Jacques Delors a donné des résultats et doit être développé . Le traité CECA avait montré la voie (procédures de reconversion ou en cas de crise grave) mais n'a pas d'équivalent dans d'autres branches. On note les accords sur les congés parentaux, le temps partiel.
Notons encore le rôle moteur en matière de "Comités de groupe" dans les entreprises européennes (Renault, Bosch et d'autres) avec l'obligation régulière d'informer.

Zones d'ombre

Lors de la discussion le conférencier revient sur les zones d'ombre, les découragements qu'éprouve parfois un syndicaliste tel que lui (échec au Congo par exemple) et sa croyance dans les avancées sociales de l'Europe. Sa centrale, la CFDT connaît une expansion nette surtout dans la Santé et les Collectivités. Ainsi le rôle d'explication, de clarification et de réalisme est-il payant. Il y a tant à faire dans la capacité de mobilité et d'adaptation des personnels, dans la maîtrise des techniques d'information où le retard est alarmant pour l'Europe, dans la réduction "non démagogique" du temps de travail, dans le dialogue avec les syndicalistes des autres pays et en faveur de nouveaux projets sociaux contre les formes modernes d'exploitation !
Reste enfin la division syndicale en France. Les utopies et les symboles ne sont-ils pas trop coûteux ?

Résumé d'Henri Douard, non revu par le conférencier