Conférence du 8 octobre 1997

 

JEAN-PAUL II, DIANA, MERE TERESA : QUEL MONDE EN L'AN 2.000 ?
Exposé de Guy Coq, essayiste et philosophe, collaborateur de la revue Esprit


Jean-Paul II aux JMJ, la mort et les obsèques de Diana et celles de Mère Térèsa

Quel sens donner à ces trois événements récents médiatiquement mondialisés ? S'éclairent-ils réciproquement ou faut-il dire qu'ils ne sont pas du même ordre ? Derrière ces "Emotions sans frontières", quelles significations offrent-ils ?

1. Jean-Paul II est un personnage historique majeur de cette fin de siècle, au-delà des frontières religieuses. Personnage médiatique sans doute mais pas seulement. Il crève l'écran par l'intensité de ses convictions, parce qu'il reste ferme sur des positions exigeantes et ce de manière originale, en étant conscient des données du monde actuel. Outre son image grand-parentale, très porteuse dans notre monde actuel, ce médiateur extraordinaire, bien que vieilli et affaibli, est porteur d'un message spirituel fort, répondant à un désir profond de valeurs sûres qui font vivre, témoignant d'une spiritualité hautement évangélique.
Les enjeux de la venue du pape à Paris lors des JMJ étaient grands, d'où la prudence de l'Eglise de France elle-même : n'allait-elle pas rallumer la querelle avec les milieux laïcistes comme l'an passé avec l'affaire Clovis ? La tradition d'accueil de la France ne risquait-elle pas de souffrir de ce rassemblement immense, s'il s'était avéré ponctué d'incidents ? Quel accueil, les jeunes eux-mêmes lui réserveraient-ils alors que les médias français présentent Jean-Paul II comme le "Père-la-morale", comme l'ennemi du préservatif ? Handicaps complètement surmontés ! Jean-Paul II au milieu d'une Eglise vivante, solidaire de cette cathédrale éphémère, a su trouver dans l'Ecriture les messages de teneur essentiellement spirituelle attendus par ces jeunes venus du monde entier. Evénement exceptionnel par sa durée, sa progression, dont le point culminant a été la rencontre de Longchamp. Esthétique et spiritualité : on ne peut que souligner la grandeur de la célébration, la qualité du silence, l'extraordinaire espérance que ce rassemblement ambitionant de "construire la civilisation de l'amour". Et après ? L'Eglise de France ("vieille dame fragile") a été profondément ébranlée par cet appel à une quasi-révolution culturelle, saura t-elle maintenir le mouvement ? C'est aux jeunes d'inventer les formes nouvelles et de les mettre en place.

2. Diana "princesse du peuple" étrange contrepoint ou analogie ? Son décès accidentel a provoqué un véritable choc sur le système monarchique millénaire qui fait l'unité du corps social anglais. Un brisure dans le système en lui-même et en son image. Une monarchie installée, figée, glacée (image de la Reine) est un mauvais symbole, peut-elle encore rassembler ? Ce n'est pas le système monarchique en lui-même qui est en cause mais la distance entre l'image victorienne de la Reine et le côté humain de la princesse, plus proche d'une monarchie
démocratique dont le peuple a besoin. Evénement mondial parce que les médias ont raccourci la planète traduisant un besoin d'unité, d'émotion commune, à l'échelle du monde. Evénement majeur pour la Grande Bretagne que cette cérémonie mondialisée à laquelle le Premier Ministre lisant l'Evangile et Elton Jones chantant un poème à la gloire de Diana ont donné un sens symbolique. L'histoire de Diana, simple, humaine, faite de bonheurs puis de malheurs jusqu'au rejet, est une histoire banale de princesse, de celles qui ont toujours fait vibrer les foules. Diana a été perçue comme vulnérable, victime, d'où sa proximité et sa popularité. Sur le plan religieux : mystification, substitut de religion que cette émotion là ? Le conférencier veut voir en Diana plutôt une icone qu' une idole. Son engagement pour les causes humanitaires, sa rencontre avec Mère Térésa, ont fait d'elle l'image d' une personne généreuse. Image à laquelle on peut s'identifier ou se retrouver. Diana reçoit une légitimité spirituelle en rejetant la. sacralité royale, en apportant la vertu à la beauté.

3. Mère Térésa. Antithèse que cette humble religieuse, le très-bas, comparée au pontife romain, le très-haut. Alors que le souci de médiatisation pervertit l'essence de la spiritualité, la caméra n'apporte rien à Térèse (sinon la collecte des moyens dont elle a besoin) quant à sa force spirituelle qui bouleverse. La visibilité n'apporte pas la sainteté. Effet pervers qu'une excessive personnalisation. La stature de la vieille religieuse n'avait pas besoin des médias. Térèsa a donné un sens nouveau à la mission du chef de l'Eglise du Christ : la véritable autorité se dégage de celle qui, sans contraindre autrui, rend contagieux l'esprit de charité.

Trois dimensions, trois lieux

Les trois événements donnent une lumière crue sur le sens du monde actuel. L'événement JMJ exprime la grande qualité du présent par lequel on prépare l'avenir. Dans l'événement Diana c'est davantage la dimension horizontale qui apparaît, la relation des hommes entre eux, le besoin d'unité.

Mère Térésa fait éclater les frontières de la religion, elle entre à sa manière dans la saga des grands religieux de l'Inde. Jean-Paul II, successeur de Pierre, renvoie à un autre, Jésus-Christ.

Les trois personnages ont chacun leur lieu : Diana c'est la Grande-Bretagne, Térésa c'est l'Inde, Jean-Paul II c'est l'Eglise universelle, la catholicité.


Résumé de Jacques Braconnier, non revu par le Conférencier