Conférence du 11 septembre 1997

Cycle "Religions du Monde"


LES FACETTES DE LA REVOLUTION ECONOMIQUE EN RUSSIE
Un exposé de Georges Sokoloff, économiste, maître de conférence à l'Inalco, chargé de recherche au CEPII,
Préparation au voyage en Russie et en Ouzbékistan du 21 septembre au 5 octobre 1997


Le début des réformes date de 1986 (Gorbatchev est arrivé au pouvoir en 1985).

Il y a de grandes divergences sur les prévisions de retour à la croissance
- les pessimistes (parmi lesquels l'OTAN) pensent qu'on ne sortira de la crise que vers 2010.
- les pessimistes moins "abrupts" pensent que l'économie est mal partie étant soit trop libérale soit pas assez libérale.
- pour quelques grands instituts allemands le retour à la croissance aura lieu dans deux ou trois ans.
- le gouvernement russe et la communauté financière internationale (banque mondiale, FMI...) ainsi que le marché pensent que ce retour est imminent.

A. Les privatisations

Les réformes ont connu deux étapes majeures :
- été 1986
- janvier 1992
On a commencé à rendre à l'économie de marché l'économie traditionnelle et sous développée.
Les privatisations ont commencé en juillet 1992 pour les grandes entreprises (la privatisation des petits commerçants avait commencé en 1991 sous l'égide des municipalités).
Les privatisations se sont faites pour les grandes entreprises à 50% Etat 50% personnel des entreprises. A partir de 1994, l'Etat s'est mis à vendre ses parts pour dégager des recettes.

B. La lutte contre l'inflation

La libération des prix en 1992 a entraîné une hausse vertigineuse des prix (multipliés par 72 depuis le 1.1.1992) - coup de frein en 1994 - En décembre 1995 les prix avaient augmenté de 30%. Ils augmentent actuellement de l'ordre de 0;5% en moyenne par mois.

C. Baisse des taux d'intérêt

Le déficit de l'Etat a été financé par l'emprunt. D'où des taux d'intérêt très élevés pour les obligations d'Etat, ramenés maintenant à environ 18% par an. On peut considérer que les taux d'intérêt sont maintenant calmés.

D. La récession économique est estimée à 50% depuis 9 ans (plus que pendant la guerre).

1997 marque la fin de la récession.
Ces chiffres concernent le secteur déclaré. Le secteur non déclaré représenterait 25% - à moins que ce ne soit 40% - du PIB. Il se développe.

E. Le déficit budgétaire

Le budget est fragile. Le déficit budgétaire est de l'ordre de 2 à 3% du PIB (sans les frais financiers) et de 7 à 8% du PIB (avec les charges de la dette).
L'impôt rentre mal. Les entreprises le paient mal : elles n'avaient sous l'ancien régime pas l'habitude de l'argent, ne se préoccupant que des résultats "physiques".
L'Etat doit faire face à des priorités absolues

- les retraites
- le paiement des fonctionnaires (santé et éducation notamment)
- les transferts vers les régions assistées (Grand Nord)
- la lutte contre la corruption, gigantesque dans la bureaucratie.
- la sécurité
- l'armée (qui digère mal ses défaites en Afghanistan et en Tchéchénie).

F. Le capitalisme russe : deux sortes :

1. celui qui est basé sur les régions (une dizaine) regroupant industriels, financiers, sous traitants, presse locale.....
2. le haut capitalisme, essentiellement moscovite autour d'hommes d'affaires à la tête de quelques grands groupes industriels et/ou bancaires tels que Gazprom Loukoil, Mostbank, Sberbank, Oneximbank. Ils achètent et vendent des entreprises, mais ne les gèrent pas et ne les développent pas. On a vu en juillet 1997 les affrontements des banques (alliées à des groupes médiatiques) pour les privatisations (affaires pétrolières, Télecom, ....).

Les organisations internationales délivrent des "ratings" aux entreprises, aux régions, aux villes. Par exemple Moscou, Nijni Novgorod sont bien notés.
Contre ce capitalisme s'élèvent des hommes comme Lebel, le maire de Moscou (prônant un capitalisme municipal).
On peut noter :

- un grand déficit managérial
- une opposition entre le conservatisme provincial et le "progressisme" de quelques grandes villes.
- la crainte de la mondialisation renforcée par l'irrédentisme russe.

Le Marché donne priorité aux entreprises d'extraction (mines, pétrole) contre les entreprises de transformation. Les industries lourdes - sidérurgie par exemple - sont dans un état catastrophique.

G. Le chômage

environ 10% de la population active.

Notes de Gérard Descours