IMPRESSIONS D'UN RECENT VOYAGE EN CHINE


avec Henri Eyraud, sinologue du 13 au 28 septembre 1996


1. Contrastes et contradictions

Au voyageur qui y fait son premier voyage, la Chine apparaît comme un pays en vive expansion, et en voie d'ouverture sur le monde (contradiction avec une longue tradition de fermeture née bien avant Mao), un immense chantier, mais il faut nuancer cette impression : la Chine (l'ancien Empire du milieu) est aussi un pays bureaucratique, xénophobe et fermé, et capable de plusieurs évolutions contrastées.
Le voyageur occidental se régale en découvrant la poésie qui imprègne la vie en Chine, par exemple la délicatesse du choix des noms de lieux : céleste pureté, harmonie parfaite. Il s'émerveille aussi en admirant une architecture et une sculpture prestigieuses : la grande muraille, les pagodes les tours de la cloche et du tambour que l'on retrouve dans de nombreuses villes, les bouddhas souriants, ceux qui représentent le passé, le présent, et l'avenir, ceux qui nous disent amen (amidaba). Il ne sait où donner de la tête lorsqu'on lui montre les merveilles de l'artisanat chinois : soieries, jade, céladon, laque, porcelaine, cloisonnés, etc...

2. Un gigantesque chantier

Ce chantier s'étend maintenant sur toute la Chine de l'est et du sud qui modernise ses cités et son agriculture, avec, du nord au sud, des méthodes et des choix quelque peu différents : le nord nous a semblé plus bureaucratique et le sud plus dynamique, plus ouvert, plus libéral. La bicyclette, reine à Pékin, est fortement concurrencée à Shanghaï et à Canton, totalement absente à Hong Kong.
A Pékin redevenue la capitale et où se trouve à la fois la cité interdite, ancienne résidence des empereurs, et la place Tian'anmen lieu des grands rassemblements du parti communiste, d'importants travaux sont en cours pour améliorer la circulation (autoroutes urbaines et périurbaines, échangeurs), d'importants programmes de promotion immobilière sont en réalisation (capitaux d'origine australienne ou de Hong Kong), de nombreux hôtels sont en construction.

A Shanghaï, on a choisi de structurer d'abord, par les gratte-ciel et les infrastructures, une ville déjà impressionnante par son histoire et de réaliser une zone franche dans le quartier de Pudong face au Bund, de l'autre côté de la rivière Huangpu. On aime battre des records de hauteur (pour les immeubles) ou de portée (pour les ponts) on a réalisé un merveilleux musée (bronzes, porcelaine) qui lorsqu'il sera achevé comptera parmi les plus beaux du monde.
A Canton, on a semble t-il préféré commencer par satisfaire les besoins des habitants : d'abord bicyclette, machine à coudre, montre, radio, puis par la suite : éducation des enfants, (si possible à l'école privée, pourtant plus chère), le matériel électronique, les divertissements (karaoké), les voyages. Cette modernité coexiste avec un étonnant vestige du passé : le merveilleux marché de Quinping, où l'on trouve tout : des plantes médicinales, de la viande, du poisson, des
fruits de mer.

A Hong Kong l'une des villes les plus denses du monde (6,3 millions d'habitants sur 1034 Km2, dont 20% seulement urbanisés, avec un Pib par habitant de 23209 $ US), on est déjà au 21è siècle : l'île est déjà le premier centre de services de l'Asie, la banque de Hong Kong et la Bank of China rivalisent pour avoir la tour la plus belle et la plus haute, l'architecte Peï a réalisé un immeuble considéré comme l'un de ses chefs d'oeuvre, dans les zones les plus fortement urbanisées), les circulations des piétons et des automobiles sont totalement séparées, les escalators et les ascenseurs tiennent une place considérable, et il n'y a plus de bicyclette. Les traités prévoient que l'île réintègre en 1997 une "mère-patrie" déjà maître des lieux. Les Chinois de l'île se préparent à prendre les rênes du pouvoir au départ de Chris Patten, dernier gouverneur britannique et ne semblent pas s'inquiéter outre mesure, estimant que la Chine n'a pas d'intérêt à casser (sauf maladresse toujours possible) la principale locomotive de son développement.

3. Perspectives d'avenir

Que peut alors penser la nouvelle génération? Elle n'a pas connu la Révolution Culturelle, vénère Sun Yat Sen (père de la République), rend un culte à Mao (pour avoir rendu à la Chine sa fierté et son indépendance, malgré sa responsabilité reconnue pour les millions de morts qu'il a causés), qui voit à la fois une croissance économique sans précédent, l'écroulement des entreprises d'Etat, la lutte pour la succession de Deng, et la montée du chômage. Elle vit sous le règne finissant de Deng Xiaoping, qui a compris qu'il fallait substituer le pragmatisme à l'idéologie et l'ouverture à la fermeture (les exemples récents des deux Allemagnes et des deux Corées ont montré aux Chinois que le développement et la création d'emplois étaient plutôt du côté occidental), mais certains pensent qu'il serait opportun de ralentir une expansion devenue trop rapide que la Chine nouvelle ne pourrait pas supporter.
Quoi qu'il en soit, l'ouverture sur le monde est en cours et il faut être conscient de la concurrence féroce qui est apparue entre les pays occidentaux pour conquérir le marché chinois, la domination des Etats-Unis et du Japon est évidente, mais la place de l'Europe, où l'Allemagne se place en tête, largement devant la France n'est pas négligeable. Les atouts français sont le nucléaire (Daya Bay et Longao sur la Rivière des Perles,) l'Airbus, l'automobile, les infrastructures de transport (aéroports de Shanghaï et de Hong Kong), les grands services publics. Les principaux groupes français installés en Chine sont : Alcatel-Alsthom, Framatome, Gec-Alsthom, Peugeot, Citroën, Lyonnaise des eaux, Campenon, Dragages, etc...
Dans le domaine de l'armement, les Etats-Unis soutiennent Taïwan, ce qui leur interdit le marché chinois, mais comme la Chine ne peut pas éternellement rester dépendante de la Russie, l'Europe a évidemment une place à prendre.

Notes de Jacques Bourdilllon

LA CHINE : LA DEMESURE DANS TOUT !

La population.

Depuis des millénaires, la Chine compte entre le cinquième et le quart de l'humanité : au début de notre ère : 50 millions sur environ 200 millions d'hommes, aujourd'hui ; 1,25 milliard sur 5 milliards, d'où la prise de conscience récente (trop tard après Mao) : pas plus d'un enfant par couple et sanctions si ce chiffre est dépassé. Cette mesure, valable pour tous, ne touche guère que 20% de la population, celle des villes !

Les terres.

100 millions d'hectares cultivables pour 450 millions de paysans, soit à peine plus de 1/15ème par tête. La Chine est un "jardin", dans l'est du pays tout est cultivé méticuleusement, même les bords des fossés des routes.

Les villes.

Nous avons vu: Beijing (Pékin), Nanjing, Xian, Shanghai, Suzhou, Guangzhou (Canton) etc.. . Ces villes grouillent littéralement de moyens de transport individuels : vélos dans le nord (8 à 10 millions à Beijing), puis progressivement vélos plus scooters, vélomoteurs etc..dans le sud (ce qui est une grossière indication de la richesse croissante des villes du sud, à partir de Nanjing). Les moyens de transport collectifs : bus, tramways, métros, etc.. sont souvent tragiquement absents.

L'activité.

Les Chinois travaillent beaucoup : mais il y a une montée rapide du chômage - sous des formes "chinoises" - vers 150 millions de chômeurs avant l'an 2000. Coexistence, depuis les décisions libéralisant l'économie de Deng Xiao Ping, d'un secteur public d'Etat (secteur qui représente actuellement 30% de la production) et d'un secteur privé.
Le secteur privé croît souvent de façon explosive : "enrichissez-vous" a dit Deng. Effectivement de plus en plus de grosses voitures circulent : Mercédès, Bmw, japonaises de haut de gamme et des Audi 100, fabriquées en Chine, voitures préférées par les officiels.
Exemple significatif : la Chine n'a pas fait les investissements des réseaux de téléphone etc.. : donc les jeunes chinois, ont sauté à pied joints dans les mobiles : sur le "Bund" à Shanghai, un jeune sur trois environ a un téléphone mobile dans la poche ou à son oreille. Il est vrai que les grands mondiaux du téléphone mobile ont, pour la plupart des usines en Chine, à commencer par "Motorola" dont la presse chinoise célèbre les exploits.
Shangai est le deuxième port du monde (après Rotterdam) pour le tonnage embarqué ou débarqué ; le port s'étale sur des dizaines de km le long de deux rives du "Hang-Pu".

Le tourisme.

Il y a longtemps que la Chine a compris l'intérêt d'une industrie touristique forte ce qui est une grande source de devises. D'où des équipements hôteliers qui se multiplient : nos hôtels étaient d'un niveau très confortable, par contre les restaurants d'"Etat", étaient moins séduisants. Des petites villes entre Nanjing et Shanghai voient leurs vieux quartiers pittoresques rénovés avec de très nombreux groupes de visiteurs.

La politique.

Peu ou pas d'informations directes : toutefois un Chinois nous a raconté, dans la relative
discrétion de l'autobus ce qu'il a vécu, avant et après les événements du 4 juin 1989 (ce que nous appelons les événements de "Tienanmen"), sa recherche au péril de sa vie de l'un de ses amis.
La Chine reste une république "populaire" de type chinois où les décisions politiques viennent toujours d'en haut, même si l'économie se libéralise de plus en plus et s'ouvre au vaste monde. Tout individu, ou groupe qui conteste cette suprématie, tombe sous le coup de la "loi".

Depuis plusieurs années, la Chine ne souffre plus de famines, et les magagins et étals, dans les villes, sont abondamment garnis. Il reste que nous n'avons pas vu, ou si peu, les "pauvres", régions pauvres, pauvres dans les villes, dans les campagnes etc.. Ils existent toujours, et même de plus en plus.

Notes de Robert Vincent

Quelques visites

Industries, agro-industries et infrastructures : entreprise numéro 1 (machine outil, coopération avec l'Allemagne), Ivéco (coopération sino-italienne pour la construction de mini-bus), GS créé en décembre 1995 dans la banlieue de Shanghaï, en production depuis juillet 1996 (coopération avec le Japon batteries cadmium-nickel pour téléphone cellulaire 70% à l'export, 30% pour le marché chinois), complexe agro-industriel de Nankin (élevage de vaches laitières, arboriculture de pêcheurs, usine de soupapes).
Shanghaï place financière, commerciale, économique, industrielle, jumelée avec la ville de Marseille et la région Rhône-Alpes, une initiative récente : la création de la zone franche de Pudong, commencée seulement en 1990 et déjà en pleine expansion, nouvel aéroport destiné à remplacer l'actuel Shanghaï Hongqiao International Airport (ingéniérie de l'Aéroport de Paris Adp), les deux ponts de Nanpu et Yangpu, le tunnel 25 milliards de yuans déjà mis en oeuvre, 100 milliards restent à mobiliser.
Artisanat : fabrication de cloisonnés, élevage du bombyx du mûrier, travail de la soie, travail de la porcelaine, et du jade, travail de l'or.
Culture : les monuments et palais à Pékin : Grande Muraille, place Tian'anmen, Cité Pourpre Interdite, Palais d'Eté (lac Kunming, appartements de l'impératrice Ci Xi, galerie Chang Iang), les musées (Shanghaï, Xi'an, Canton), les temples (temple du Ciel, temple des Lamas bonnets jaunes, temple de Confucius à Pékin, pagode de l'Oie Sauvage à Xu'an, temple des ancêtres de la famille Chen à Canton, l'observatoire de Nankin (gnomon, sphère armillaire), les jardins de Souzhou (la Venise de l'Orient), de Tongli, de Zhouzhuang, de Shanghaï,, les tombeaux (tombeaux Ming et voie sacrée à Pékin et à Nankin, armée de terre cuite et chariots de bronze à Bingmyong près de Xi'an, tombeau royal de la dynastie Nanuye découvert en 1983 à Canton), opéra de Pékin avec Sheng (le héros), Tan (la femme), Jing (le général) Zhou (le clown), spectacles à Suzhou et à Shanghaï (acrobates), fête de la mi-automne (Zongqiujie) la pleine lune, les gâteaux de lune (Yuebing)....J.B.