A LA DECOUVERTE DU ROYAUME D'HUSSEIN
du 10 au 16 mars 1996


Considérés presque comme des visiteurs officiels : voilà comment ont été reçus les participants au voyage d'Alerte aux réalités internationales. Rencontres à Amman.

A l'Université. Nous rencontrons plusieurs professeurs puis le Président de l'Université. Celle-ci compte 23.000 étudiants dont 58% de filles. Beaucoup d'étudiantes portent le foulard, quelques-unes sont voilées mais elles côtoient très naturellement d'autres, vêtues à l'européenne.Toutes les spécialités sont enseignées. Les échanges avec les secteurs professionnels sont importants. Un comité (assez politisé) est élu par les étudiants. Bien que l'orientation soit assez islamiste, l'action politique reste discrète. Des liens sont souhaités avec les universités françaises.

Au Parlement. Entretien avec le Président de la commission des affaires étrangères. Il déclare que le processus de paix concerne la nation et les individus. C'est un challenge difficile mais chacun doit en être l'artisan. La France doit avoir des réalisations concrètes en Jordanie. Le monde arabe met son espoir dans l'Europe. Il est contre l'embargo à l'encontre de l'Irak. Il attend que la France et l'Europe s'engagent.
Entretiens avec des partis d'opposition. Les Socialistes Islamistes : ils sont pour la paix mais contre le processus de paix. Espoir en l'Europe. Pour le peuple Irakien, contre l'embargo. Les Travaillistes : l'ennemi, c'est le sionisme. Des garanties plus importantes doivent être exigées d'Israël. La Gauche démocratique : Contre tout acte de terrorisme. Contre l'embargo de l'Irak.

Le Juge des Juges. Mr Izz al-Din Altamini, est le premier conseiller religieux pour les questions islamiques au Palais Royal. On distingue en Jordanie le droit civil qui est du ressort du Ministère des droits et le droit religieux du ressort du Juge des Juges. Le droit religieux concerne la famille, le mariage, l'héritage, le divorce. Il émane du Coran. Ni les ministres, ni le Roi n'ont de pouvoir sur les jugements rendus. Peu de conflits entre loi civile et loi religieuse. La peine de mort existe dans le Coran et la loi mais elle est peu appliquée. L'héritage ? En principe, c'est l'égalité homme-femme. Mais parfois l'homme peut avoir le double car on tient compte des besoins de la famille, etc... La polygamie, 1% de la population, n'est pas interdite mais pas recommandée.

La soeur du Roi. La Princesse Basma Bint Talal, est Présidente du Fonds Reine Alia pour le développement social qui mène une action importante en faveur des enfants et pour les droits des femmes. Très dynamique, très appréciée, la Princesse était vice-présidente au congrès des femmes à Pékin. Une action importante est menée en milieu rural, chez le bédouins pour encourager le travail des femmes qui entraînera une baisse des naissances. Le gouvernement a adopté une politique de planning familial.

Centre culturel français. Nous sommes invités à une exposition de peintures jordaniennes avant d'être reçus par le Directeur du Centre. L'enseignement du français est une priorité. La demande pour des cours de français augmente rapidement. Le centre monte des pièces de théâtre, projette des films français. La Compagnie Arabe des potasses. Reçus par le Directeur nous visitons des installations ultra-modernes. Une mécanisation plus poussée a été refusée pour maintenir l'emploi. L'entreprise est une des plus importantes du pays.

L' évêque catholique d'Amman. Mgr Salim Al-Saiegh, rappelle les origines du christianisme en terre sainte. Les rapports avec les autres églises sont très bons, même avec les fondamentalistes. Malgré certaines divergences avec les musulmans, il y a tolérance et dialogue. L'Eglise catholique bénéficie d'un statut privilégié. Il existe des tribunaux religieux catholiques comme pour les musulmans. Les mariages mixtes ne sont pas recommandés car ils posent de gros problèmes. Lorsque l'épouse est chrétienne, elle doit s'engager à élever ses enfants dans la religion musulmane. Si l'époux est chrétien, il doit se convertir à l'Islam.

A l'Ambassade de France. Stéphane Romatet, premier conseiller dresse un panorama général sur la situation de la Jordanie dans la région. Les relations entre Israël et Jordanie sont bonnes. Les touristes israéliens sont nombreux. Les échanges économiques se développent. Les relations avec la Syrie sont tendues. La Jordanie prend maintenant ses distances avec l'Irak, souhaite vivement le départ de Saddam Hussein mais demande la levée de l'embargo avec l'Irak. 0n assiste à un réchauffement des relations avec l'Arabie Saoudite et le Koweït. La situation économique est fragile car il y a peu de ressources naturelles, sauf la potasse mais pas de pétrole. L'économie repose surtout sur les services (banque, assurances, transport) orientés principalement vers l'Irak (d'où un problème avec l'embargo). Un tiers de la population serait en dessous du seuil de pauvreté.

La situation politique se caractérise par la présence d'Islamistes au Parlement (20% des sièges). Ils sont intégrés dans le jeu politique, ce qui semble avoir été habile. Le Roi Hussein est au pouvoir depuis 42 ans et a réussi à traverser toutes les épreuves.
La France joue un rôle souhaité de contrepoids face aux Etats-Unis dont l'influence est dominante. Notre pays est le cinquième fournisseur et le troisième investisseur (Après les USA et l'Allemagne). Nous intervenons sur de grands projets comme l'eau, le chantier archéologique de Jerash.
Enfin, mentionnons le grand intérêt du pays en matière archéologique, que ce soit Amman, Jerash "la Pompeï de l'Est", Kerak, la forteresse des Croisés, et enfin l'admirable cité troglodyte du désert, Pétra, construite par les Nabatéens. La Jordanie bénéficie d'une excellente infrastructure. La population est accueillante.Les autorités politiques et tous nos interlocuteurs se sont montrés très intéressés par notre démarche qu'ils souhaitent voir se renouveler.

Notes de Jean Landrieux