Débat du 12 juin 1996


LA MONDIALISATION : RISQUES ET CHANCES
Exposé de Jean Claude PAYE, Conseiller d’Etat, ancien Secrétaire général de l’OCDE

I- La mondialisation

Phénomène essentiel par son intensité, mais il a fallu du temps pour faire prendre conscience de ses implications aux pays membres de l'OCDE. Le thème sera évoqué au G7 de Lyon. L’ouverture progressive des frontières, la diffusion du progrès technique, l’intensification de la concurrence engendrent des conséquences dans tous les domaines : marchés de capitaux, échanges de biens et services, information, fonctionnement des entreprises, cohésions sociale.
Pour les entreprises, même les PME, le marché des ressources et opportunités s’étend désormais à la planète. Cela concerne toutes aussi les PME. Les individus sont concernés en tant que consommateurs et producteurs. Implications aussi pour les Etats : nécessité d’harmonisation et de coopération dans bon nombre de politiques nationales en matière de règles de concurrence, fiscalité, environnement, régimes d’investissement, normes sociales, etc.. L’intensification de la concurrence implique pour tous l’obligation de s’adapter rapidement. Si on ne prend pas soin de la cohésion sociale, on verra se développer des pressions protectionnistes.

II- Les risques

    1. Risques systémiques :
      Risque de déflation ? Les marchés financiers détestent l’inflation. Ils mesurent à cette aune la qualité des politiques économiques, d'où risque de surenchère de vertu anti-inflationniste, par exemple entre la France et l’Allemagne. Les puissances moyennes sont plus que les grandes obligées de s'y livrer. Risque d'instabilité par les flux financiers qui, en cas de spéculation peuvent se déplacer en masse et tout déséquilibrer (phénomènes de “ carène liquide ”). Mais, du fait de la concurrence, il y a efficience, transparence, rationalité croissantes, des mouvements de capitaux.
    2. Risques globaux :
      Ils concernent l’environnement écologique et aussi les possibles conflits de puissance entre pays.
      Les occasions de frictions se multiplient. Mais leur gravité se restreint à cause de l’interdépendance.
    3. Risques sociétaux :
      L’ouverture extérieure semble accroître les inégalités entre les revenus élevés et les plus bas. La frontière Nord-Sud s'estompe entre nations et se renforce en leur sein. Selon les études en cours il y a inégalité croissante ; mais les emplois créés se situent au-dessus de la médiane des rémunérations. Risque de divorce entre la logique de concurrence globale et d'adaption rapide, qui est celle des firmes et la logique des individus, qui s’exprime dans un cadre national. Difficulté à faire comprendre la notion de “ cohésion sociale ” à certains gouvernements : cette cohésion est pourtant nécessaire pour tirer avantage des chances de la globalisation.

III- Les chances

La compétition accroît les chances
L’activité économique vise tout d’abord à satisfaire le consommateur. La concurrence y contribue puissamment. En outre, pour la première fois, tous les pays ont une chance de s’intégrer, dans le grand courant du développement collectif comme le Japon des années 60, la Corée des années 80, les Tigres des années 90 et maintenant l’Amérique latine, la Chine et l’Inde, sans oublierr les pays de l'Est. Ce sont des marchés gigantesques, à la fois clients et concurrents potentiels.
Optimisme :
Le véritable atout : la qualité des hommes. Les inquiétudes que l’on ressent partout, même aux Etats-Unis, s’expliquent parce qu’on est au début d’un nouveau cycle long de développement, fondé sur l'informatique. Tous les avantages possibles ne sont pas encore explorés. Meilleure ou pire des choses, la mondialisation est une étape décisive de l’histoire. Pour en tirer meilleur parti, les pays devront en reconnaître les risques et se prémunir entre eux.

IV- Réponse a quelques questions :

Q- Le recrutement de nouveaux membres ?
R- Pas de critères dans la Convention. Les raisons ont évolué au fil du temps. L’entrée du Japon, de la Finlande, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande l'a ensuite "globalisée". L’OCDE a-t-elle vocation à l’universalité ? Cela pourrait faire double emploi avec les autres grandes organisations internationales.
Dans tous les cas, il faudrait adapter le fonctionnement institutionnel et notamment, s'affranchir de l'obligatin du consensus en toutes choses.. Sans doute aussi, l’Union européenne représentera-t-elle ses Etats-membres dans un nombre croissant de domaines.
Q- La double exclusion : les pays pauvres et les fractions de population à l’intérieur des pays riches ?
Les normes sociales ?
R- L’OCDE a d’étudié l’impact des normes, de l’OIT (association, négociation collective, travail des enfants, travail forcé, non-discrimination...). Il ressort de cette étude qu'il n’existe pas de lien de causalité entre le non - respect des normes sociales et la compétitivité ; mais il existe une corrélation positive entre le développement général et le respect de ces normes. L’OMC doit examiner ces points à la Conférence de Singapour (décembre 1996).Les Etats-Unis et la France semblent avoir renoncé à fonder des sanctions commerciales sur la constation du non respect par des partenaires commerciaux de ces normes sociales.

Quant au premier point, les pays pauvres, notamment l’Afrique, se rendent compte de la nécessité d’une gestion mieux ordonnée et moins dépendante de l’aide étrangère. A l’intérieur des pays avancés, la réponse au besoin de cohésion sociale réside dans la solidarité.

Résumé de André Garcia, revu par le Conférencier