Débat du 26 novembre 1996



POLITIQUE MONETAIRE ET UNION MONETAIRE
Exposé de Jean-Claude Trichet, Gouverneur de la Banque de France

La stabilité monétaire est désormais inscrite dans la loi.

L'indépendance de la Banque de France n'a pas été "une mince affaire". Il a fallu changer la Constitution. Ce fut chose faite en juin 92 à Versailles "avec l'accord des gaullistes, des libéraux et des socialistes". Dorénavant la Banque de France est tenue de conduire une politique de stabilité de la monnaie et des prix. Ceux-ci ne doivent pas excéder + 2% l'an et les agrégats monétaires + 5%. La devise doit demeurer stable au sein des monnaies européennes, en particulier florin, franc belge, schilling, couronne, mark. Tout doit être fait en ce sens.

La théorie de la création d'emplois.

Le conférencier exprime sa conviction d'un rapport positif entre une monnaie stable, la croissance et la création d'emplois. Une devise crédible a un objectif économique, la confiance des investisseurs et étrangers en découlent. Tout le monde a intérêt à créer des richesses alors que les règles du jeu sont claires et les structures assainies. Si les résultats tardent un peu, le monétariste ne connaît que le long terme et se montre optimiste.

Personne ne fait notre éloge !

Les résultats ne sont pas douteux. Non seulement les objectifs sont atteints mais les taux d'intérêt de marché sont aujourd'hui à la troisième place dans le monde, l'excédent dans les transactions courantes représente plus 1% du PIB, tandis que notre monnaie est stabilisée depuis une dizaine d'années par rapport aux meilleures de l'Europe. Les critères de Maastricht sont prêts d'être honorés. Aujourd'hui le franc est "ultra crédible" et survole allègrement les tensions occasionnelles.

Cela signifie que "les détenteurs de patrimoine et les investisseurs mondiaux nous font confiance, leur vote instantané nous est favorable". Personne ne fait notre éloge, et pourquoi donc s'interroge le conférencier ? Si toutes les conditions du redémarrage économique sont réunies, nous sommes "dans un cycle décalé de deux ans par rapport aux anglo-saxons". D'autre part, des entraves nombreuses persistent, issues des situations de monopole, de règles et obligations rigides, de multiples retards accumulés dans notre économie. Il faut donc admettre que la plus saine des politiques monétaires ne peut venir à bout d'un seul coup des archaïsmes de la société économique.

Les intérêts français sont sauvegardés dans l'Europe.

L'idée que nos devrions "faire des sacrifices", dévaluer, desserrer les exigences d'équilibre etc... est une idée fausse. Au contraire la rigueur monétaire montre clairement là ou il faut faire porter les réformes. Si nous perdons la confiance du capital nous devrons remonter les taux d'intérêt. Un crédit plus cher complique la tâche des entrepreneurs et nous fait perdre en réputation. Intégrés dans l'économie européenne avec un niveau d'exigence élevé, nous en recueillerons le bénéfice dès que le cycle économique nous sera favorable.

Toutefois l'intégration européenne est loin d'être achevée. Et de rappeler la date du 1er janvier 1999 : à la naissance de l'euro, l'harmonisation des statistiques nationales, des "concepts", des instruments informatiques etc..devra être terminée. Le Groupe de travail qui s'en préoccupe "subit une pression incroyable". Il lui faut résoudre aussi les donnes du pacte de stabilité, les mécanismes de change et la fiscalité, les rapports entre les "in et les out", l'entrée et la sortie du système... Ce sont des "questions matérielles essentielles" qui agitent énormément les esprits et alimentent des oppositions. Le G7 et à l'avenir le G3 ou G4 fait son ordinaire de ces problèmes.

Dollar, euro et logique monétaire.

Certains affirment l'inanité du cours du dollar. Le conférencier dénonce ceux qui se croient encore aux parités fixes du système de Bretton-Woods qui se pourraient changer par accord. Aujourd'hui, seuls les investisseurs en décident. Les fluctuations du dollar obéissent à des règles complexes. Les Français aimeraient des règles rigides, alors que la fluidité domine l'économie mondiale. On peut simplement reconnaître "un potentiel d'appréciation pour le dollar" par rapport aux monnaies européennes : "c'est comme ça que ça marche. Personne n'a le contrôle du marché des changes aujourd'hui !..."

Faut-il rappeler que le commerce se fait en écu dans les échanges européens et, qu'à ce jeu, l'économie française est plutôt gagnante, même à l'encontre de l'Allemagne ? Ne le serait-elle pas en euro ? Comment assimiler un nouveau système monétaire ?

Le conférencier est contraint de répondre à plusieurs questions embarrassantes ; relatives à la perception et à l'assimilation du nouveau système monétaire. "Les politiques sociales, culturelles, la question des formes du travail intéressent plus les gens que le fric et les banquiers!" (un ancien Ministre dixit). Une autre question exprime le doute que, au sein des PME/PMI on ne soit largement dépassé par la technicité du nouveau système, sans oublier le coût informatique de la réforme. La lente arrivée de l'euro ne rassure pas les gens qui, faisant face à une conjoncture parfois morose, s'attendent à une difficulté supplémentaire. Le conférencier reconnaît "qu'on n'arrive pas à tout se représenter" et qu'il faudra effectivement créer des étapes pour que "les signes de prix en tête" soient peu à peu remplacés par d'autres. "Les frontaliers montrent l'exemple qui jonglent avec plusieurs monnaies!.."Ainsi serait-il souhaitable d'être attentif aux problèmes posés et d'aller très progressivement en tenant compte de la capacité des groupes sociaux à se mettre à la nouvelle monnaie. Le conférencier se dit confiant pour un cycle de 30 ans. L'espoir n'est pas ennemi de l'incertitude.

Résumé de Henri Douard