Débat du 13 février 1996


L'APPROFONDISSEMENT DE L'UNION EUROPENNE ET SES RELATIONS EXTERIEURES
Exposé de Sir Leon Brittan, Vice-Président de la Commission Européenne


Sir Leon Brittan affirme la conviction qu'une plus grande ouverture de l'Union Européenne sera une force et qu'une politique extérieure prendra place dans l'ensemble des institutions.La prochaine conférence intergouvernementale devra traiter de ces points et permettre le renforcement de l'Union. Trois angles d'attaque sont choisis par le conférencier : L'Union économique et monétaire, la politique commerciale, la politique extérieure.

L'Union économique et monétaire est critiquée ici ou là mais il est clair que "MM Chirac et Kohl relèveront le défi". Relâcher la pression, écouter les Cassandre ne fera qu'ajourner d'indispensables réformes économiques car on ne peut se satisfaire de déficits chroniques et d'endettements galopants. Même la Grande-Bretagne rénove activement son économie.

La monnaie unique supprime les taux de change, suscite des taux d'intérêt moindres et une croissance accrue dans une vaste zone unifiée avec effet positif sur la croissance et l'emploi. Or "le message d'espoir n'est pas suffisamment compris... L'Union économique et monétaire fera la force de l'Europe !"

Dans le domaine commercial, une stratégie d'ouverture ambitieuse doit être menée. L'Uruguay-round est une réussite exemplaire avec réduction de multiples tarifs qui engendraient les pires obstacles à la circulation des biens industriels et agro-alimentaires, et des services. "Quatrième puissance économique de la planète et brillante dans ses exportations, la France n'a rien à craindre des marchés ouverts". Néanmoins, la vigilance est de mise car nos partenaires et adversaires sont aussi des actifs. Ainsi deux piliers viendront sous peu renforcer la stratégie européenne. 1°. mise en valeur des droits existants. 2°. améliorer le système des règles internationales. Dans le premier cas, il s'agira de mieux cibler les obstacles illégaux qui s'opposent à la pénétration des produits (Ex Cognac et Spiritueux en Japon), dans le second il convient de développer le cycle d'Urugay, avec l'appui de l'Organisation Mondiale du Commerce, l'OMC (Cf. Conférence de Singapour en décembre 96). De nombreuses questions sont cruciales comme la libération des conditions d'investissements internationaux, les règles de concurrence, les achats publics, la propriété intellectuelle (accusée n° 1 la Chine). Il faut aussi rassurer les pays en voie de développement qui se sentent menacés par les grandes entreprises mondiales sur leur propre territoire.


Pour le conférencier, l'OMC doit aussi servir de référence pour les règles qui concernent l'environnement ou les normes de travail tel que le travail des enfants, les horaires abusifs, les protections inexistantes sur le plan social.
La politique extérieure - Des liens se créent naturellement avec les pays du voisinage immédiat (cf. conférence euro méditerranéenne de Barcelone) et des projets sont à l'étude pour la future adhésion des pays d'Europe centrale et orientale. Les pays d'Amérique latine ne sont pas oubliés, ils émergent à peine du sous développement et de crises majeures.
Le sommet de Bangkok atteste une vive volonté de tisser des liens avec la dynamique Asie, à un moment où le conférencier constate malicieusement que les Etats-Unis sont paralysés par leurs préparatifs électoraux. L'Asie peut aider à reconstruire la Bosnie.
La conférence intergouvernementale de Turin est essentielle pour attester de la cohérence de l'Europe et de la naissance d'une politique étrangère plus homogène. "Il faut fixer ses yeux sur les grands objectifs européens qui donnent un sens à l'Union économique et monétaire et aux autres politiques....Le sens de l'Europe, c'est la paix, l'ouverture, la prospérité!"

Discussions. Problèmes concrets.

Le conférencier approfondit ses conceptions libérales autour des questions posées par les auditeurs.
La dévaluation compétitive ? La nécessité de pratiques loyales et non-artificielles s'impose sur le long terme et dans les rapports avec les autres Etats.
Le chômage ? Reconnaître notre force et notre faiblesse et négocier avec nos partenaires là où il y a faiblesse... Le chômage relève de trois choses : 1°. ne pas accroître les coûts sociaux, 2°. accroître les débouchés pour nos produits 3°. améliorer la productivité et les produits, donc agir sur la recherche - développement, la formation des hommes. "Le reste, ce sont des moyens ponctuels...Il faut accroître la flexibilité de l'emploi et dissoudre les règles qui s'y opposent".

Le commerce est à la base de l'économie. Partout où l'on dresse des obstacles physiques, tarifaires ou réglementaires, la discussion la plus féroce doit être conduite. Puissances dominantes et libérales, les USA et le Japon, ferment cependant leurs portes par divers moyens : industrie de défense, agriculture, produits sensibles etc..., marchés publics. En Europe, la situation est un peu la même. Par exemple il faudra bien réduire les subventions à l'agriculture et réformer les industries de Défense sur le plan européen.
Nous ne pensons pas que les services publics sont à privatiser tous (Ex Chemin de fer), mais ces services devraient être plus efficaces et moins coûteux.
Comment parvenir à se mettre d'accord dans l'imbroglio des problèmes ? Considérer trois phases : explication, discussion, négociation. Rien n'est possible unilatéralement ; on doit parvenir à tout obtenir par une méthode diplomatique rigoureuse.

L'élargissement de l'Union européenne ? Les coûts seraient énormes sur les bases actuelles ; que faire, sinon pousser au développement des plus pauvres et les faire patienter avant d'adhérer. Il faut déjà travailler entre nous ; rapprocher les Parlements qui vivent en vase clos. On peut faire progresser Maastricht et Maastricht nous permet de progresser.

Résumé de Henri Douard, non revu par le Conférencier