Conférence du 19 juin 1996


LA FRANCE DANS LE PACIFIQUE
Exposé de Philippe Marchat, Inspecteur général des Finances.


Deux territoires d'Outre-Mer permettent à la France de maintenir sa présence dans le Pacifique : la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie. Présence à la fois utile et contestée ... Mais, qu'en est-il de ces deux territoires ?

Un peu de démographie...

Chacun des T.O.M. est habité par environ 200.000 personnes, les jeunes représentant un fort pourcentage de la population (47% des polynésiens ont moins de 20 ans par exemple). Cette dernière continue de s'accroître à un rythme de 2% par an. Malgré de nombreuses mesures tendant à favoriser l'emploi , le chômage, notamment chez les jeunes, ne cesse d'augmenter atteignant 10% de la population active en Polynésie et environ 16% en Nouvelle-Calédonie.

Un peu d'économie...

130 îles et îlots, éparpillés sur près de 4000 Km², constituent la Polynésie alors qu'une seule île forme la Nouvelle Calédonie. La structure corallienne ainsi que le dispersement géographique de la première ont été des facteurs importants lors du choix d'un nouveau site pour les essais nucléaires après que la décision de ne plus utiliser le Sahara fut prise. D'autant plus que la Polynésie ne dispose d'aucune ressource naturelle si ce n’est un peu de phosphate. En ce qui concerne l'agriculture, seules 7% des terres sont cultivées et les cultures maraichères ne couvrent que 23% de la demande. L'élevage reste lui aussi marginal. Seul le secteur de la pêche voit l'émergence d'entreprises capables d'exporter et d’engendrer une professionnalisation des pêcheurs. Crustacés, perles et crevettes ne sont toutefois pas produites en quantité suffisante. En fait, 95% de la demande locale est satisfaite par les importations...Reste alors le tourisme, le plus fort pôle de développement (20% du P.I.B.).

La fin du monopole d'Air France avait permis l'implantation de sociétés aériennes à des tarifs promotionnels. Mais, le voyage est encore cher, les structures d'accueil ne sont pas suffisamment développées et le développement des essais nucléaires a créé des tensions politiques qui ont fait reculer le tourisme. Ces mêmes essais ont toutefois permis d'importantes entrées d'argent. Et même lorsqu'ils ont été suspendus en 1992, un pacte de progrès pour 1993-1994 et un contrat de développement pour 1994-1998 avaient été conclus. Avec l'arrêt définitif des essais prévus en 1996, une compensation de 900 Mio par an a été prévue par la métropole. Enfin, l'arrêt des essais devrait également faciliter les échanges avec la Nouvelle Zélande et l'Australie, ces deux pays s'étant toujours opposés à la présence de la France dans le Pacifique. En effet, Camberra et Wellington adoptent maintenant une position plus nuancée, estimant qu'il serait peut-être utile que les deux T.O.M. maintiennent leurs liens privilégiés avec la France et la C.E.E.

La Nouvelle Calédonie peut quant à elle, compter sur ses réserves de nickel. Au cours des deux dernières années, le cours du métal s'est amélioré et des entreprises étrangères ont même envisagé d'ouvrir de nouvelles mines. L'élevage et l'agriculture restent insuffisants alors que la pêche représente un potentiel considérable mais peu exploité, malgré le développement de multiples projets (aquaculture par ex.). Le tourisme bien qu'important subit les mêmes aléas qu'en Polynésie.

Un peu de politique pour terminer...

De la loi de 1977 créant l'autonomie administrative et politique jusqu'au nouveau statut de 1996, les changements de statut se sont toujours effectués dans le calme en Polynésie. Les autorités locales sont d'ailleurs compétentes dans toutes les matières, à l'exception des relations extérieures, de la monnaie, de la justice, de l'enseignement et de l'ouverture des frontières. En revanche, la Nouvelle Calédonie a évolué de manière plus violente, probablement à cause de la forte présence française dans l’île. C’est en 1946 que la Nouvelle-Calédonie devient un territoire français d’Outre-mer et six ans plus tard, naît le premier parti politique à revendication indépendantiste. Un système politique bipolaire va réellement se mettre en place quand Jacques Lafleur crée en 1968, le Rassemblement Calédonien qui se bat pour maintenir la Calédonie dans la République.

Dans les années 70, avec le boom de l'industrie du nickel, de nombreux européens s’installent ˆ Nouméa, ce qui provoque dès 1972 une augmentation des tensions et débouche sur la création du Parti de Libération Canaque en 1976. Les réformes s'accélèrent alors qu'il existe une forte tension avec la métropole. C'est en 1981 qu'une première gestion du territoire par les indépendantistes est tentée. En mai 1984, un nouveau statut vient renforcer l'autonomie et prévoit un référendum sur l'indépendance dans les cinq ans. Le Flnks appelle au boycott du vote national. S'ensuit une flambée de violence qui ne se calmera qu'après 1988 et le double drame de Nouméa (la prise d'assaut de la gendarmerie et celle de la grotte). Le référendum de 1988 proposant le maintien dans la République de la Nouvelle Calédonie est adopté par 80% des votants. On note toutefois une très forte abstention en métropole. De plus, alors qu'il est en pleine négociation en vue d'une autonomie élargie de la Nouvelle-Calédonie, J.M.Djibaou est assassiné en 1989...

Depuis, le Rpr et le Flnks recherchent une solution consensuelle. Aujourd'hui, leur objectif est d'éviter le référendum de 1998 qui, pour des raisons démographiques, entérinerait le choix de 1988 et par la même relancerait les tensions des années 1984-88. Tout semble donc montrer que la sagesse et la prudence vont forcer les hommes politiques locaux à jouer le jeu car le maintien de relations privilégiées avec la France est indispensable, l'expérience africaine ayant montré les limites des "Relations d'Etats associés". Cependant, la base, composée essentiellement de jeunes désoeuvrés, a tendance à considérer que les élites la trahissent...

Résumé de Kristel Richard et Yannick Perrève, non revu par le conférencier