Conférence du 20 novembre 1996


LE NUCLEAIRE, AVENIR DE L'ECOLOGIE ?

Exposé de Bruno Comby, Ingénieur en génie nucléaire

Energie et climat. L'énergie n'est pas mauvaise en soi, Son utilisation accompagne l'histoire du développement de l'humanité : cheval, vapeur, bois charbon, pétrole ; puis aujourd'hui, électricité et énergie nucléaire qui ne contribue pas aux deux sources de graves pollutions planétaires" : l'augmentation des gaz à effet de serre (CO2) et celle des oxydes de soufre et d'azote, avec leurs retombées (pluies acides) sur les forêts. La substitution de l'énergie nucléaire aux énergies fossiles contribue à la diminution de ces pollutions.

Energie et démographie. Le doublement prévisible de la population mondiale va accroître la demande et la consommation d'énergie, demande qui s'accroît aussi par le développement souhaitable des pays pauvres, ces deux effets se conjuguant.

Histoire. L'énergie nucléaire existe dans la nature depuis la naissance de l'univers. Les Français la découvrent il y a cent ans. Les premières applications ne sont ni économiques ni militaires mais médicales : on soumet à hautes doses les organismes humains.
En 1945, la bombe fait basculer dans le négatif l'image, jusqu'ici positive, de l'atome. Se développe alors une surenchère dans l'armement atomique, avec la constitution, en amont, d'un appareil industriel. Dans le même temps, apparaissent des groupes, pacifistes manifestant contre le nucléaire militaire au départ notamment aux USA, "savamment orchestrés par Green Peace", tournés ensuite contre le nucléaire en général.

Les accidents. "Il y a toujours un risque d'accident !". A Tchernobyl, le 26 avril 1986, se produit "un accident majeur. Des conséquences très graves pour un accident totalement inacceptable, car résultant d'une certaine forme de bêtise humaine". Des dispositifs "stupides", pas d'enceinte de confinement, des manoeuvres malencontreuses. Il y a encore des risques d'accident dans les centrales du même type.
L'accident a provoqué une trentaine de décès dans les premiers mois et, dix ans plus tard, un millier d'enfants son atteints de cancers de la thyroïde, généralement traitables et guérissables, don 20 environ décédés. Tchernobyl a causé un "immense séisme psychologique" débouchant sur nombre d'avortements en Allemagne notamment. Conséquences partout : des mesures de sécurité accrues et une plus grande transparence dans l'information.
Rien de commun avec l'accident de Three Misle Island, en 1979 au USA :zéro victime, zéro décès ; accident dû à des défaillances humaines, toujours possibles ; mais pas d'incendie (car pas de graphite et enceinte protectrice).
"C'est l'accident typique qu'on pourrait avoir en France ; il provoquerait une grande angoisse, mais il serait sans risque pour la population". Les futurs réacteurs nouvelle génération EPR mis en place en 2005-2010 pour renouveler le parc actuel diminueront par dix les risques d'accident et leurs conséquences.

Les déchets. "Objet des polémiques les plus vives et qui iront en s'amplifiant". "Il faudrait pourtant relativiser". Les déchets classiques industriels et agricoles, non nucléaires atteignent 2500 kilos/an/habitant, dont 100 kilos hautement toxiques. Les déchets nucléaires, c'est un kilo/an/habitant. Sur ce kilo, 90 % sont à faible durée de vie (moins de 30 ans). Les 10 % restant, à durée de vie plus longue (il faut 24110 ans pour réduire de moitié la radioactivité du plutonium 239 et, après 50 000 ans tout n'est pas éliminé) et à radioactivité plus forte sont stockés à La Hague( 2.000 m3, seulement depuis 30 ans de production, soit environ un gramme/an/habitant). Qu'en faire ? Trois pistes : la séparation-transmutation en substances à durée de vie plus courte, non opérationnelle pour l'instant ; le stockage souterrain ; le stockage en surface. La France a choisi le retraitement, séparant le recyclage du reste qui est virifié. Les réacteurs à neutrons rapides peuvent recycler une part du plutonium, Superphinx a été transformé en sous-générateur consommant du plutonium.

Comparaisons. Relativisons, encore. Une substance nucléaire est bio dégradable par définition puis qu'elle se décompose spontanément, même s'il y faut du temps. Un polluant chimique, comme le ddt, hautement toxique, est stable, donc d'une durée de vie infinie. Et que dire de la toxicité du tabac, de la pollution atmosphérique... La radioactivité est partout , dans notre corps par exemple, 8.000 becquerels : "8000 fois par seconde, un atome explose dans notre corps". Mais la radioactivité naturelle nous vient aussi du ciel (le rayonnement cosmique) ; de la terre (le rayonnement tellurique) avec des degrés très variables selon les régions (dix fois plus en Bretagne ou à Lodève que dans le Bassin parisien, jusqu'à mille fois plus dans certaines régions en Inde, au Brésil, en Iran...). La radioactivité à laquelle nous sommes soumis aujourd'hui est à 68 % d'origine naturelle, à 31 % d'origine médicale, reste 1 % pour la radioactivité d'origine industrielle, y compris le reliquat des essais militaires des années 60. Ce qui fait l'objet des critiques des écologistes lorsqu'ils manifestent contre les centrales ne représente qu'un centième de ce 1 %. L'électricité nucléaire est propre, ne produit que peu de déchets, ne contribue pas à l'effet de serre. Bien managée, c'est l'énergie la plus écologique. Elle assure 80 % de la production d'électricité. Bien compris le nucléaire n'est-il pas l'avenir de l'écologie ?

Notes de Michel Cuperly revues par le conférencier