Conférence du 10 octobre 1996


LA SOCIETE DE L'INFORMATION EN EUROPE
Martin Bangemann, avocat, membre de la Commission enropéenne en charge des Technologies de l'Information


Qu'est-ce que la société de l'information ?
Si aux USA, on parle d"Highways of information", le terme société accolée à information convient mieux. Certes l'infrastucture pour que l'information circule est importante, mais il faut souligner que le problème relève de la société dans son ensemble avec des aspects de convivialité, de politique et de culture. Ces nouvelles technologies sont un mélange de choses connues et de nouvelles, par exemple on va pouvoir transférer sur un même canal des données numérisées de sons, de lettres, d'images en même temps, et il devient possible de "vivre, communiquer, apprendre, travailler... avec un instrument qui tue la distance et le temps..."A cet égard on assiste à une révolution dont les effets sont loin d'être tous connus. L'information est entrée dans les opérations techniques comme nouveau facteur. Ainsi cet exemple d'une intervention chirurgicale effectuée à Vienne et pilotée de Bruxelles avec une absolue précision. En outre, l'information est intégrée à la productivité dont on sait à quel point son progrès détermine la capacité de l'Europe à résister ou s'imposer à l'encontre de ses compétiteurs ; elle seule permet de baisser les coûts, de s'attaquer à certains abus contre productifs des systèmes sociaux. Seuls des modes informationnels nouveaux permettent de maîtriser une globalisation inévitable. Par exemple, il devient possible pour une entreprise de dissocier certains critères annexes de sa production principale et de les confier aux meilleures expertises à travers le monde (Cas d'une entreprise située en Europe et travaillant avec Vancouver ou Hong-Kong) : seules des structures d'information permettent de telles procédures en combinant ce qu'il y a de mieux chez les uns et chez les autres, personne ne pouvant prétendre détenir la compétence absolue en toute chose. Le niveau national est devenu obsolète face aux USA capables d'imposer leur solution ". Saurons-nous faire jeu égal ou devenir des citoyens de deuxième zone? "Ce n'est pas faire preuve d'anti-américainisme" que d'accepter la compétition avec des gens de culture comparable et de même tradition démocratique. L'Union Européenne a d'abord été un moyen d'éviter des guerres désastreuses, mais aujourd'hui, les jeunes générations ont besoin de nouvelles perspectives, qui leur permettent de jouer leur va-tout sans d'inutiles contraintes.

Les critères du progrès : infrastructures, hardware, softvare.
L'Information, selon les nouvelles technologies relève d'une analyse sur ces trois critères. Par rapport au Japon et aux USA, l'Europe est bien équipée en cables, pas suffisamment en satellites "face à des Bill Gates qui recherchent le monopole de facto dans tous les domaines". Mais les infrastructures ne sont pas un problème majeur. Dans le "hardware" avec des pays comme la Finlande et la Suède "on est très compétitif". Tout au contraire on est faible en "software". Nous ne savons pas oeuvrer dans la culture en lui donnant l'efficacité économique. Les quotas
sont une solution fallacieuse car "tout secteur protègé périclite, et engendre des coûts trop élevés". Certains affirmeraient même qu'on est d'autant meilleur que le moins de gens possible vous écoutent! "On se plaint des banques qui hésitent à aider nombre de petites entreprises, mais les banques sont favorables aux entreprises rentables, pas aux autres, et ont donc tendance à soutenir l'économie américaine.
Le débat sur la culture
On est ramené à un débat de fond sur la culture. L'Europe connaît un "drame pour sa constuction "du fait des particularismes. La culture n'est pas mauvaise en soi, tout consiste à ce qu'elle devienne un outil de richesse, de diversification intelligente, un facteur de créactivité et d'amplification du génie humain. Mais les nations se replient sur leurs habitudes de vie et de pensée au lieu de s'ouvrir à leurs influences respectives. Le conférencier épingle tout également les Français, les Allemands, les Suisses et quelques autres. Les premiers s'arc-boutent à leur "service public" : si ce service était aussi supérieur, pourquoi ne pas l'ouvrir à la concurrence? Les Allemands se complaisent dans des créations confidentielles, les Suisses refusent toute démocratie autre que directe et n'admettent qu'un juge ne soit pas suisse s'il devaient être jugés, les Anglais estiment que "leur parlement est le premier du monde" et, devant un texte de l'Union rétorquent : c'est l'affaire de la Grande Bretagne !...
"Les difficultées sont énormes". La Pologne échappe-t-elle à la complexité ? Le Président Chirac a avancé l'an 2000 pour son adhésion à l'Union Européenne. A Bruxelles nous savons qu'il faut entre deux et sept ans de négociations et un an de ratification" avec la meilleure volonté politique.
Si la construction européenne échoue pour des motifs de défense des particularismes, des monopoles, de protectionnismes, il n'y aura qu'un gagnant : les USA !

La société de l'information, méthode de développement.

Contre les craintes que beaucoup expriment : fantasmes de chaos, et de dépersonnalisation, le conférencier plaide pour l'égalité dans la libre concurrence. L'information mondialisée offre des moyens fantastiques d'évolution et de créativité. Au niveau de l'Europe, il faut se consacrer à l'amplification des outils qui la conditionnent. Les productivités qui se combinent ouvrent des possibilités nouvelles dans l'ordre des sciences et du niveau de vie. La flexibilité de l'organisation est seule à même de créer les richesses qui pourront être redistribuées. Sans compétitivité l'Europe est une proie facile pour un pays aussi uni et déterminé que les Etats-Unis. "Perdrons-nous la bataille?" De sa richesse culturelle, l'Europe peut tirer une complexité plus grande qui est l'apanage des grandes civilisations. La maîtrise de l'information moderne ouvre à l'espoir

Notes d'Henri Douard